Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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chapitre extrait du livre "Ecrits du temps de la guerre"


Catherine Godinot / L'Eternel Féminin
L'éternel féminin est un principe philosophique qui idéalise un concept immuable de la femme. L'aspect divin dans le féminin n'est cependant pas évident pour tous en particulier chez les chrétiens. En effet, dans le culte catholique, la Vierge Marie est considérée comme une femme sans identité divine bien que les chrétiens voient en Marie la mère de Dieu : dans la prière à Marie, le « je vous salue Marie », Jésus est bien reconnu comme le fils de Marie. L'apôtre Jean nous dit « cette femme a donné naissance à un fils destiné à diriger toutes les nations » (Jean, 19, 26-27). Sur la croix, le Christ dira aussi à Jean : « Voici ta mère ». En cela, le Christ lui confie tous les chrétiens. Marie est la mère de Jésus qui est fils de Dieu mais elle n'est pas elle-même une déesse alors que la femme est considérée comme une déesse dans d'autres civilisations.

La déesse-mère représente la terre et le principe de vie et d'amour entre toutes les formes de vie. Les attributions de la déesse-Mère sont multiples : fécondité, féminité, maternité, spiritualité mais aussi modestie, douceur, grâce, pureté, délicatesse, politesse....
« Tout dans l'Univers se fait par union et fécondation...
par rassemblement des éléments qui se cherchent
et se fondent deux à deux
Et renaissent en une troisième » (p.253)

Ces qualités sont bien représetées dans beaucoup de sites préhistoriques et archéologiques : par exemple, les menhirs de Rodez, de Saint Sernin, de Luffang à Crac'h représentent la déesse-mére en situation d'enfantement. A sa fonction de mère, s'ajoute celle d'épouse.
« Ainsi s'élaborait patiemment, dans le secret
le type de l'épouse et de la mère...

Au cours de cette transformation
je n'ai rejeté aucun des attraits inférieurs
qui avaient marqué les phases successives de mon apparition
Pas plus que le coeur de l'olivier ne se creuse
à chaque nouveau printemps... » (p. 254)

Le concept d'éternel féminin est important pour Goethe : la femme symbolise la contemplation pure mais, pour lui elle n'est pas capable d'agir et d'interférer dans la vie publique. Dans Faust, Goethe exalte cependant l'éternel féminin qui nous attire vers le plus haut. Dans la divine comédie, Dante fait une référence allégorique à l'éternel féminin dans la figure idéalisée de Béatrice. Pour Nietzsche, le principe féminin est lié à la continuité de la vie et sa tâche réside dans l'éducation des enfants et dans le soin des morts. Cette opinion était basée sur la culture grecque qui aussi confiait à la femme le soin des enfants et des morts.
Beaucoup plus récemment, l'éternel féminin est représenté par de nombreux artistes comme par exemple chez les impressionistes. Les romantiques du 18° et du 19° siècle exaltaient aussi le féminin.
Simone de Beauvoir, elle, regardait l'éternel féminin comme un mythe construisant la femme faite pour le plaisir érotique, l'enfantement et la nutrition de l'enfant, incapable de jouer le rôle lui permettant d'agir dans la vie publique. Pour les philosophes des siècles derniers, comme pour les anciens, les vertus des femmes étaient essentiellement d'ordre privé alors que l'homme devait avoir des responsabilités publiques.

Ces opinions plaçant la femme dans des rôles ancillaires sous la domination d'une culture patriarcale dominante ont évolué avec le féminisme dans la société civile mais aussi dans l'opinion des responsables chrétiens. C'est le cas de Jean-Paul II, par exemple qui nous dit : La situation de la femme peut être définie comme étant l'éternel féminin. Qu'entend-il par là ? Chaque événement ou chaque chose arrivant dans des circonstances particulières ne peut pas modifier ce qui est éternel et donc essentiel. Dans l'expression « éternel féminin », Jean-Paul II insiste sur le rôle de la femme dans la société actuelle. Alors que nous sommes habitués à parler de Dieu ou à nous adresser à Dieu comme un père, par exemple dans la prière du « Notre père » Jean-Paul 1° avait déjà dit « Dieu est père mais encore plus, il est Mère ». Jean-Paul II enfonce le clou en sept 99 en priant Dieu comme une mère.

Teilhard n'était pas féministe au sens où la société contemporaine l'entend mais il reconnaît s'être développé sous le regard et l'influence de femmes comme sa cousine Marguerite Teillard Chambon avec qui il a eu une correspondance suivie dès la guerre de 14-18 ou avec son amie chinoise, Lucile Swan. Il reconnaît que le monde ne peut pas se développer en négligeant l'énergie de la moitié de sa population. La femme doit pouvoir s'investir dans tous les domaines, bien sûr celui de la famille mais aussi de l'économie, de la politique, de la culture, du travail professionnel ou de la recherche scientifique afin de participer à l'achèvement de la construction de la noosphère (Voir G. Donnadieu dans Teilhard aujourdhui, 57, 2016, 38-40).

Pour Teilhard, la création de l'éternel féminin serait ce qui attire l'homme vers Dieu et Dieu vers l'homme. Ce féminin serait immanent. L'insertion de la femme dans la trinité permettrait de rapprocher les trois personnes de la trinité sous une même enveloppe. Les 3 personnes de la trinité auraient été charmées par les attributs de l'éternel féminin.

« C'est Moi la face conjonctive des êtres...
Moi le parfum qui les fait accourir et les entraîne
librement... passionnément
sur le chemin de leur unification
Par Moi tout se meut et se coordonne...
Je suis le Charme mêlé au Monde pour le faire se grouper
L'Idéal suspendu pour le faire monter

Je suis l'Essentiel Féminin » (p.254)

 

Vendredi 24 Juin 2016 13:24