Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Le mystère du mal


Très souvent le mal physique ou spirituel est attribué à une cause extérieure : Dieu en premier lieu qui permet toutes les horreurs qui nous accablent. On pense également que les religions sont à la base de nos conflits meurtriers qui s’étalent dans l’histoire de l’humanité. Or ce que nous regrettons est tout simplement la faute de l’homme. Mais une vie sans efforts douloureux et sans heurts serait-elle possible dans un univers évolutif ? C’est peut-être la leçon qui nous vient du fond des âges : l’assassinat d’Abel par son frère Caïn. Celui-ci en fait n’était pas influencé par une éducation ni par une idéologie, mais par la jalousie, la haine et l’envie. Il existe en l’homme une infinie profondeur spirituelle qui nous révèle la nature même de ce que nous sommes et cela nous pouvons le constater à l’occasion d’événements propices à l’introspection. J’ai bien connu ces moments où l’on se sent incapables de remonter la pente pour ensuite connaître la joie de la résilience. Plus on plonge au plus profond de sa misère physique ou morale, plus le réveil est grandiose : telle est la condition de l’homme enfant de l’évolution. Il s’agit là d’un profond mystère que celui qui nous apprend que, dans notre vie d’homme, il faut savoir être perdant. On rejoint là le royaume évangélique qui a pour nom : pauvreté. L’enfer et le paradis se passent à l’intérieur de tout être humain. Le mystère reste entier de la présence au fond de l’humain de ténèbres en germe et en même temps de grains de lumière qui ne demandent qu’à jaillir à l’occasion de circonstances les plus diverses.
Saint Paul (6, 10-12) : Revêtez l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable. Car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les puissances de ce monde des ténèbres, contre les esprits du mal.
On découvre facilement les dimensions de l’être qui dépassent aussi bien dans le monstrueux que dans le merveilleux toutes tentatives d’explications rationnelles. On se heurte d’ailleurs à toute cette réalité de l’ombre que l’on nomme Satan. La théorie de l’évolution selon Teilhard de Chardin nous offre un autre cadre que celui qui nous est présenté depuis des siècles par les théologiens. On en est d’ailleurs encore dans la vision dite « cosmos » alors que Teilhard propose une vision dite « cosmogénèse ».

Ainsi le dimanche 26 janvier, la chaîne K T O a diffusé à 20 h 40 un débat sur Satan
J'ai constaté que les conceptions des deux invités me semblaient de nature un peu anachronique. On montre un Satan comme une réalité contingente, un des anges qui se serait rebellée contre Dieu et qui chercherait à s'approprier l'être humain pour le pervertir. Dans l'émission, il a été évoqué les questions relatives à la médiumnité, aux personnes qui possèdent un pouvoir de guérison, y compris par téléphone ou par l'intermédiaire de photographies. Dans la vision cosmogénèse de Teilhard, le Mal, en fait, est nécessaire (lire le Milieu Divin) Satan n'est donc pas contingent c’est-à-dire qu’il n’est pas une créature angélique ayant muté à un instant donné.
Tout d'abord, en ce qui concerne les expériences supra naturelles: bilocation, guérisons, l'usage du pendule, les effets dus à la méditation transcendantale, la communication à distance, etc., il convient de savoir qu'elles résultent d'interactions au sein d'un domaine énergétique particulier de nature quantique. Il s'agit d'énergies dites subtiles dont la puissance est très grande. Bien sûr Satan peut s'y blottir, lui qui est à la fois transcendant et immanent. Cependant les dits guérisseurs ne sont pas forcément possédés du démon. Par contre le danger est grand d'abuser de certains dons qui nous apportent des pouvoirs sur les autres. J'ai bien connu ce milieu-là durant une période de ma vie.
Quant à Satan, il convient de le concevoir au niveau cosmique des choses, comme le fait Teilhard en d'autres circonstances. La Très Sainte Trinité nous est décrite comme un jeu de relations d'Amour entre les trois personnes. En métaphysique, à tout principe est associé le principe opposé d'égale infinitude. Satan est bien une personne, c'est-à-dire une réalité susceptible d'entrer en relation avec une autre personne. Mais en ce qui concerne Satan, c'est l'anti relation qui entre en jeu autrement dit la division. Le Christ unifie tandis que Satan divise, accuse, ment, désorganise les fonctions vitales, obsède, déprime, apporte la violence, etc. Ainsi, contrairement à certaines visions, Satan est un des paramètres qui entrent dans l'organisation de la vie de l'homme et pourquoi? C'est un mystère. Mais ce que l'on peut dire, c'est qu'il faille un certain Rédempteur pour vaincre Les forces du Mal, ce qui veut dire que nous sommes en présence d'une réalité infiniment profonde dans sa nature. Satan n'est pas un ange déchu comme on pourrait le croire, mais la réalité ontologique qui permet à l'homme d'être libre. L'homme peut être d'une grande bonté mais il peut être infiniment cruel. On s'en rend compte avec Daesh et les chambres à gaz.  C'est le "déchet" de l'évolution aurait dit Teilhard!
Le cardinal Ratzinger a exprimé un jour ce propos : « Le malin a du pouvoir sur ce monde et nous en faisons continuellement l’expérience ; il a du pouvoir parce que notre liberté se laisse continuellement détourner de Dieu ».
Teilhard, dans Le milieu Divin (p. 88) écrit : « Le problème du mal, c’est-à-dire la conciliation de nos déchéances avec la bonté et la puissance créatrice, restera toujours, pour nos esprits et nos cœurs, un des mystères les plus troublants de l’univers ». Et il écrit (p. 74) : « Dieu ne peut pas, en vertu même de ses perfections, faire que les éléments d’un monde en voie de croissance échappent aux heurts et aux diminutions, même morales : il est nécessaire qu’il y ait du scandale ! »
Jésus dit cependant : «Malheur à celui par qui le scandale arrive ! »

Dans la Genèse, il est question de l’être humain dont le comportement est de jouir des délices du jardin d’Eden mais de ne pas toucher à l’arbre central, celui qui donne la connaissance du Bien et du Mal. Or il est dit qu’Adam et Eve, inspirés par le Serpent, ont croqué la pomme détachée de cet arbre-là. Cet épisode symbolique nous montre ce qu’il en est de l’homme dans sa recherche de la vérité. En fait, nous sommes tous aveuglés par la certitude de notre supériorité. Dans tous les domaines, la seule certitude c’est l’incertitude. Le péché réside dans le fait de montrer que nous avons toujours raison. Richard Feynman (prix Nobel de physique 1965) disait : « Ce qui n’est pas entouré d’incertitude ne peut être la vérité ».
Teilhard, dans Comment je crois, s’exprime ainsi : « La vision du monde que je propose ne représente aucunement un système fixé et formé. Il ne s’agit point ici, ce qui serait ridicule, d’une solution déductive du monde, à la Hegel, d’un cadre définitif de vérité, mais seulement d’un faisceau d’axes de progression, comme il en existe et s’en découvre peu à peu dans tout système de pénétration, par où s’entrouvre devant nos yeux une immensité de réel encore inexploré ».
La vérité absolue est un mythe dangereux qui fonde les intolérances et les guerres. Celui qui croit détenir la vérité l’impose aux autres par la force.
Le pape François écrit dans La Vie : « Si quelqu’un a la réponse à toutes les questions, c’est la preuve que Dieu n’est pas avec lui. Les grands guides du peuple de Dieu, comme Moïse, ont toujours laissé un espace de doute ».
La Vérité se trouve dans la tolérance et le Mal se retrouve dans tout fanatisme.


Mercredi 12 Février 2020 17:03

Renée JOUBERT


 Le néant de la multitude
 Qu'est-ce que la multitude pour Teilhard ? A la manière naturaliste, il désigne par ce mot la matière dont nous sommes issus, matière naturelle contenant une part d'esprit.


La multitude apparaît comme un bouillonnement larvaire qui peut absorber nos efforts si notre attention se disperse : ” Tout relâchement de notre esprit ramène la substance brute (page 113) " Il est facile de freiner la spiritualisation de la terre mais Anéantir le Monde physiquement, ce serait le réduire en poussière ”. Cette idée de poussière; grains multiples dispersés, est à l'opposé de l'unité dans le Christ programmée pour la fin des temps.

 

L’essentiel pour nous est d'éviter l'éparpillement de notre esprit - matière, notion chère à Teilhard.
Comment nous conduire de telle sorte que nous continuions dans la direction donnée par l'évolution ? De nous sur-humaniser ? il nous suffit de comprendre, d’admettre et d'aimer notre marche en avant.

 
Certes jusque dans les zones les plus spiritualisées de notre être, certaines traces de notre état primitif subsistent encore et ne demandent, si notre attention faiblit, qu’à s'épanouir et nous envahir.

Teilhard représente notre monde en marche dynamique. L'évolution se passe dans nos âmes et dans leur union. Pour nous guider, Jésus est venu sur terre et ” libre à chacun de le voir et de sentir sa présence pour le haïr ou l'aimer ’’

 
Mais l'aventure de l’humanité ne se prolonge pas sans heurts et sans souffrance
La concentration de la masse humaine peut nous conduire à repousser “ l'autre ”, celui qui va empiéter sur notre territoire, déranger nos habitudes, bousculer nos vies. Nous le voyons actuellement avec les difficultés provoquées par l ‘afflux de ce que l'on appelle” les migrants”. Que répondons nous à cette misère ? Péché d'égoïsme ? Peur de l'autre ? Toutes choses qui peuvent ralentir notre ascension.

 

Le monde est en train d’évoluer physiquement et il nous faudra bien trouver des solutions. L’évolution ne peut être stoppée et il est devenu nécessaire de changer nos façons de penser et de vivre. L’attrait d’un en-haut est là pour soutenir l'élan de notre marche en avant ; Il doit créer autour de l'humanité en cours de totalisation une atmosphère d'amour et de compréhension et protéger les âmes qui menacent de s'écraser entre elles sans parvenir à se souder et à s’unifier.

Esprit-matière : propriété de l’étoffe de l’univers." Il n’y a pas, concrètement, de la matière et de l’esprit, mais il existe seulement de la matière en voie de spiritualisation " (IV page 74)



Jeudi 23 Janvier 2020 08:37

Notre monde ne peut être ré-enchanté que si l’on parvient à convaincre chaque individu de ce monde qu’il est à la fois enfant du ciel et fils de la terre. Il s’agit d’une dualité qui entre dans le cadre de la condition humaine et dont Teilhard décrit les aspects dans les chapitres II et III de la rubrique : la maîtrise du monde et le règne de Dieu (Écrits du temps de la guerre)         
     Le ré-enchantement du monde suppose que l’homme ait pris conscience de l’œuvre d’amour qui doit rayonner autour de lui et grâce à lui mais la condition humaine est paradoxale. Le psaume 118 nous dit en effet : « L'Eternel est mon secours, Et je me réjouis à la vue de mes ennemis. Mieux vaut chercher un refuge en l'Eternel que de se confier à l'homme ». Dans une vision évolutive, ne peut-on pas, comme le fait Teilhard de Chardin, rechercher pour l’homme un cadre où émerge une certaine harmonie. Comment concilier les opposés : être enfant du Ciel et fils de la Terre, concilier science et foi ?

Au sein des anciennes civilisations, une « science » est souvent au service de l’astronomie et de la mystique. On peut s’en rendre compte avec l’apparition des mathématiques mayas et du calendrier dont l’élaboration n’est pas sans rapport avec l’esthétique, le culte de divinités.et l’art du divinatoire. Ce n’est pas rare que, dans ces civilisations anciennes, l’astrologie et la religion ouvrent la voie à la philosophie et à la science. Les connaissances acquises sont le fait d’érudits qui ont embrassé à la fois les domaines de l’astronomie, de la poésie, de la métrique, de la littérature, de la phonétique, de la grammaire, de la cosmologie, de la mythologie, etc. Ainsi, plus tard, dans la civilisation indienne de l’Asie du sud, l’invention du zéro (SHÜNYA en sanskrit) est liée à sa forme qui évoque aussi bien le vide et le néant, l’espace ou l’éther, la nullité et le négligeable que la rondeur du ciel considéré comme symbole de l’univers dans son unité. Telle sera le concept fondamental de la philosophie bouddhiste considérée comme la voie du milieu qui enseigne en particulier que chaque chose est vide, impermanente, impersonnelle et sans nature originelle. On rejoint, par le fait même, le monde étrange et fantastique de la physique moderne. Dans SHÜNYA, il n’y a ni douleur, ni misère, ni sensation, ni idée, ni forme, ni son, etc. Toute connaissance est illusion, ce qui est contraire à notre vision occidentale du monde environnant fondée sur la rationalité et la distinction entre science et religion. Mais depuis quelques décennies, on assiste plutôt à un désenchantement du monde pour des causes qui sont économiques en raison de la mondialisation et spirituelles en raison de la disparition de repères qui affecte aussi bien l’Etat-Nation que les diverses Eglises. Comme le décrit le philosophe Marcel Gauchet, l’homme moderne perçoit une sorte d’universalité dans l’expression de sa liberté, ce qui engendre certains mouvements sociaux qui s’opposent à l’autorité en générale. L’homme désire rester maître de ses décisions et non accorder sa confiance à quelques intermédiaires possédant des pouvoirs. A cet état de fait, cette « sortie du religieux selon M. Gauchet », s’oppose par exemple dans l’Eglise catholique un clergé qui se comporte en adepte d’une re-sacralisation de la liturgie et d’autres formes de choses de nature religieuse. (Lire l’article de Jean-Louis Schlegel dans la revue Etudes de septembre 2019). Le religieux n’est pas à confondre avec la foi et le spirituel sous-jacent.  
      Le Ciel et la Terre, on les distingue pourtant dans les événements tels que l’incendie du toit de Notre Dame de Paris. Le flux d’émotion qui s’est emparé des habitants de nombreuses nations, montra qu’il existe encore chez les plus matérialistes de nos contemporains une petite flamme de transcendance. La construction des grandes cathédrales de France n’est-elle pas là pour nous rappeler que la beauté témoigne de cette transcendance ; elle établit un lien et un dialogue entre le Ciel et la Terre. Alors quel discours tenir en résonance avec la pensée de Teilhard de Chardin pour apporter à notre société un ré-enchantement ?
     En ce qui me concerne, mes attraits pour les sciences et en particulier pour les mathématiques, ne furent pas le fruit d’une compétence précoce pour le maniement des concepts abstraits, mais d’une attraction particulière pour l’esthétique et l’architecture logique. Lorsqu’on nous présente la grotte Chauvet en Ardèche, nous pouvons constater combien les hommes de la préhistoire possédaient en eux le génie de la représentation dont l’origine se situe probablement dans une idéation transcendantale. Lorsqu’on écrit un livre de nature philosophique, on a le plus souvent en tête le souci de faire germer une synthèse. Lorsque les médias nous fournissent l’occasion d’entendre les propos de quelques savants de notre temps, on s’aperçoit combien ceux-ci exultent lorsque se présente la question de l’unité des connaissances. La recherche de la synthèse, en fait, semble procéder du culte naturel de l’harmonie universelle.
   Ce n’est pas pour rien que Teilhard ait  réservé justement  un chapitre sur l’harmonie (pages 80 à 84). Son idée forte est de proposer un schéma idéal pour le comportement de tout chrétien face aux exigences de la foi et celle de l’évolution. Il écrit en particulier : « Que jamais plus, de grâce, on ne puisse dire de la Religion que son influence a rendu les hommes plus paresseux, plus timides, moins humains. Que jamais plus son attitude ne laisse prise à ce soupçon, mortel, qu’elle tend à remplacer la Science par la Théologie, l’effort par la prière, la lutte par la résignation, et ses dogmes risquent de déflorer l’intérêt du Monde en limitant d’avance l’horizon des recherches et la sphère des Energies ! » Naturellement il existera inexorablement en l’homme une rupture naturelle entre des désirs opposés ; mais Teilhard ne manque pas de préciser avec sagesse que cette synthèse des contraires, hautement souhaitée, n’aura effectivement lieu qu’au jour de la Parousie.                                            
   -  La christologie de Teilhard a renoué avec des éléments très traditionnels. En particulier il a donné une importance majeure aux textes du Nouveau Testament qui montrent la dimension cosmique de l'action du Christ. Le premier texte est dans l'épître de Paul aux Colossiens qui dit que « tout subsiste dans le Christ » (Col 1, 15) ; le second est dans l'évangile de Jean où Jésus dit qu' « élevé de terre il attirera tout à lui » (Jn 12, 32). Le mot tout est ici entendu au sens le plus large. Ces textes étaient méconnus dans la théologie de l'époque. Teilhard les a repris dans le cadre d'une pensée qui sort de la théologie des manuels et redonne du souffle à des vieilles expressions. Pour cela sa pensée est plus proche de celle des Pères de l'Église que de la scolastique. Le Christ est celui qui accomplit. En cela Teilhard pense dans le ternaire.
   -  Pour Teilhard de Chardin, le Christ est le Verbe de Dieu qui s'est incarné. Mais cette incarnation n'a pas été un emprunt extérieur et fugace de quelques éléments du monde. Elle a été un acte par lequel Dieu a assumé toute la cosmogénèse. L'incarnation ne concerne pas seulement quelques êtres humains, mais tout l'univers. Teilhard propose donc une vision cosmique du Christ. Il l'exprime dans les premiers écrits comme dans l'ultime grand texte qui a pour titre « Le Christique » écrit à la veille de sa mort. Le terme de « christique » dit que l'identité du Christ ne se limite pas à la jonction de la nature divine avec la nature humaine, mais avec tout le processus de l'anthropogenèse, de la oogenèse et plus avant de la biogenèse et de la cosmogénèse. Sur ce point, le concile Vatican II a reconnu la valeur de cette vision des choses.
   -  Un trait particulier de la christologie de Teilhard de Chardin est de préciser le mode d'action du Christ ressuscité. Ce mode d'action est exprimé par le mot de l'évangile de Jean : attraction. Jésus agit par attraction. Il est celui vers qui tendent les forces de l'univers qui sont à l'intime de la matière, des vivants, des humains et des cultures. Teilhard voit l'univers comme une montée de la conscience. Celle-ci est orientée vers un point qu'il appelle Oméga. La foi permet d'identifier ce point avec le Christ qui attire à lui tous les siècles. Là, nous sommes loin des concepts matérialistes de l’écologie.
-  Un point sur lequel Teilhard apporte un élément important pour discerner le visage de l'avenir est celui de la rencontre des religions. Teilhard a connu l'Islam en Égypte. Mais surtout, il a parcouru le vaste monde pour son travail scientifique de géologue paléontologue. Il n'a pas fait que de l'observation scientifique : il a rencontré des peuples et des civilisations. Il a rencontré des religions. Pour cette raison, sa réflexion a été attentive au fait religieux mondial. Il est évidemment sorti de l'étroitesse d'esprit qui habite les universitaires européens qui considèrent que la religion n'est, en fait, que chose inutile, archaïque ou primitive. Il a considéré que les religions participent de la construction de la noosphère : ce monde de l'esprit qui se construit par l'effort de l'homme. En cela la religion n’est donc plus un carcan idéologique qui rétrécit la liberté humaine.
   - La perspective religieuse de Teilhard s'inscrit dans ses grandes intuitions fondatrices. Les religions s'accomplissent non dans leur affrontement, mais dans leur rencontre qui est une convergence. Il les présente comme par l'image issue de la biologie, celle du phylum - qui est un embranchement des vivants dans l'arbre retracé par l'évolution. Or dans la théorie de l'évolution, les divers éléments convergent. Les religions sont des voies par lesquelles se réalise l'unité de la noosphère. C'est donc une vision très positive des religions dans l'aventure humaine. « L'heure est certainement venue où peut et doit se dégager enfin, aux antipodes d'un orientalisme périmé, une nouvelle mystique à la fois pleinement humaine et chrétienne : [...] la route du monde de demain »  (Œuvres t. 7, p. 336).
   -  Le moteur de cette montée est la mystique. La mystique est l'âme des religions. Elle est désir de communion et de personnalisation. Elle est désir de rencontre. Dans cette perspective, Teilhard juge les religions en fonction de leur aptitude à la construction de la noosphère qui converge vers le point Oméga. Il oppose deux spiritualités, celle de l'Est et celle de l'Ouest. Il voit dans la première un consentement à la fatalité et à une vision qui ramène l'être humain à son état antérieur. Il voit dans la seconde une dimension de dynamisme par son esprit de transformation de la réalité. La notion d’écologie intégrale doit inclure le fait que tout chrétien est appelé à respecter la création tout entière de manière mystique, autrement dit dans la perspective d’une union au Christ qui aille au-delà d’une simple loi morale, dans une réalisation optimale. Telle est la mission de l'Église catholique : faire réussir la grande aspiration des hommes à exister pleinement dans l'esprit.
   -  L'œuvre de Teilhard, qui n'a rien perdu de sa valeur, peut constituer encore aujourd’hui un guide pour tous ceux qui sont en recherche d’une certaine sagesse. Celle-ci a été reprise de manière incessante dans la rédaction d'un ouvrage qui, à la différence des autres, n'a pas pris une ride : « Le Milieu divin. » Là aussi, Teilhard prend un titre qui ne fait pas chapelle, mais ouvre sur l'universel. Dans ce livre, écrit attentivement et soigneusement révisé en dialogue avec ses compagnons jésuites, il exprime une vision très belle de la spiritualité toute entière tournée vers le désir d’unité dans la maitrise de la création et de la rencontre de Dieu.                Le premier point de cette spiritualité est de communier avec les forces qui sont dans la création et qui sont le meilleur du monde. La spiritualité est celle de l'attention et de l'effort, l'un et l'autre couronnés par la joie de chercher, de trouver, de partager et de communier à Dieu à travers son œuvre. Le deuxième point concerne ce qu'il appelle les passivités. Le terme nomme la réalité sans la qualifier par des termes qui relèvent du péché ou du mal. Il s'agit de ce qui limite, contraint ou entrave le désir de vivre. Il s'agit aussi de ce qui fait souffrir et qui mène à la mort. Teilhard ne nie pas cette réalité ; il demande à ce qu'elle soit vécue.  
     Le ré-enchantement du monde n’est pas l’annonce d’un futur radieux qui serait naïveté et tromperie. Les progrès de la connaissance et de la technologie apportent en leur sein une part de bien et même de bonheur, mais également une part de choses terrifiantes et parfois de malheur. C’est un état de fait planétaire qui demande de la part de l’être humain une connaissance des réalités qui s’étend au-delà des lois existantes et au-delà de la morale classique. L’homme ainsi initié doit savoir qu’il existe un dedans des choses qui lui révèle dans une certaine mesure sa participation à une vie cosmique fondée sur l’amour et sur l’attrait d’un Être supérieur en qui il s’accomplit . Il doit se pénétrer du fait cité par Teilhard selon lequel : « Tout ce qui monte converge » sachant que tout aphorisme comme toute pensée humaine doit être soumis à la capacité critique de celui qui l’emploie.
Le ré-enchantement du monde suppose essentiellement un changement de paradigme, ce qui est encore loin d’être gagné !                 
   
                                                                                           MARCEL  COMBY

Lundi 2 Décembre 2019 14:41

L'Éternelle Féminin - Écrits du temps de la guerre


Christianne Latraiche - L’AMOUR   ET   LE FEMININ
« L’AMOUR »      est une réserve sacrée de l’énergie comme le sang même de l’évolution spirituelle, voilà ce que nous découvre en premier le sens de la terre.
L’amour est une joie qui accompagne l’idée d’une cause extérieure dans le cadre d’une rencontre amoureuse, la cause extérieure étant la personne aimée. Nous attirons à nous par la puissance de notre subconscient des personnes en résonnance avec nos problématiques infantiles non résolus. La plupart des rencontres amoureuses commencent par se nouer sur des illusions, sur une connaissance davantage fondée sur l’imagination  que sur la raison. Si la joie de la rencontre amoureuse est fondée sur une illusion, elle se transforme en tristesse. Si nous percevons l’autre de manière adéquate, la joie passive peut se transformer en joie active et la passion en amour profond et durable. Une rencontre heureuse, harmonieuse qui convient à notre nature augmente notre puissance d’être et d’action et procure des sentiments positifs : joie, confiance, amour. Une rencontre inappropriée nous plonge dans des effets négatifs : tristesse, peur, culpabilité.
Pour Saint Augustin : « L’amour étend le désir, le désir étend l’amour. » « C’est l’amour qui peut et doit être la règle de l’agir, l’amour toujours. »

Teilhard nous dit :   « Parti de l’enfance à la découverte du cœur de la matière, il était inévitable que je me trouve face à face avec le féminin. »
Quand il rencontre Lucile Swan, celle-ci découvre qu’il est prêtre et scientifique, sa foi fait bon ménage avec son savoir. De cette rencontre découlera une amitié exceptionnelle, par son intensité et les échanges qu’elle provoque. Lucile a aimé Teilhard et s’est dévouée à cet amour. IL l’accepta et y répondit à sa façon, refusant de céder aux rêves de Lucile. Cette relation donne à Teilhard une grande énergie lui permettant des déplacements importants .Ces années furent la période la plus intense et la plus riche de sa vie. Il fut surpris par la puissance de l’amour d’une femme, à la fois heureux d’y répondre et soucieux de le contenir, il s’aventurait dans l’inconnu. Il écrivit des lettres pleines de poésie dans lesquelles il faisait allusion à sa découverte tardive du féminin. Lucile lui propose une conception  de l’amour parfait : Dieu, Teilhard, Lucile. Elle le pousse dans ses retranchements, ses aspirations n’avaient rien d’anormal pour une femme qui souhaitait partager sa vie avec un homme qu’elle aimait. Elle côtoyait des prêtres protestants mariés.
Leurs existences continuèrent ainsi faites d’éloignement et de rapprochement.  « Ne rien attendre en retour, avoir du plaisir à aimer, pour rien, c’est cela la grâce » Comme disait  Simone Weil.
 
« LE FEMININ »     Teilhard nous dit « La femme est devant l’homme l’attrait et le symbole du monde ». Selon Pierre Rabhi : « Le féminin est au cœur du changement ». L’humanité est féminine et masculine. Le féminin est la transmission directe et physiologique de la vie, de ce fait le féminin est fondamental. Le mouvement féministe actuel ne doit pas être inspiré par le masculin, ni contre lui. Il est une conscience qui s’éveille à son rôle magnifique de donner la vie étant dans ce rôle plus impliqué que le masculin  tous les deux sont complémentaires afin de pouvoir s’appuyer l’un sur l’autre. Le rapprochement donne alors une dynamique collective pour construire un avenir viable. Dès le XIX ème siècle, George Sand marque une nette évolution dans la transformation du féminin, la femme victime devient la femme forte. Pour Flaubert la création est  fondamentalement  hermaphrodite. Tout au long des siècles derniers, les femmes devaient être essentiellement épouse et mère, L’énergie féminine a été longtemps bafouée, reniée, non respectée par les religions misent en place par les hommes dans un but de contrôle et de pouvoir. Le message envoyé à la femme à l’heure actuelle dans notre société moderne est confus.  Chaque femme a son rôle à jouer dans l’évolution de notre monde, elle est une messagère et une force féminine créatrice et divine. L’énergie féminine comporte les qualités suivantes : la compassion, la sensibilité, la douceur, l’empathie, la recherche de l’harmonie, la créativité, l’intelligence émotionnelle. Elle a compris que le pouvoir ne réside ni dans la force physique, ni dans la force de la voix, ni dans la manipulation, mais dans la paix intérieure.
La femme dans son féminin sacré a compris l’impacte qu’elle peut avoir sur les hommes de sa vie et sur les hommes en général qui croisent son chemin, sur les enfants qui la regardent et sur toutes les personnes qui l’entourent.   « Toute âme qui s’élève, élève le monde »( Gandhi ) .   C’est pourquoi elle veut rayonner l’amour et la lumière pour transformer en lumière ce qu’elle croisera. Elle souhaite s’allier à l’énergie masculine sacrée,  afin de donner naissance à une union puissante entre deux êtres,  tous deux désireux de monter l’autre vers l’évolution mutuelle. Même en vieillissant sa beauté continue de transparaître car la beauté est avant tout énergie. Elle continue d’inspirer à travers son infinie sagesse et lumière.
 
Comme disait Aragon : «  L’avenir de l’homme est la femme ,elle est  la rumeur de son bruit. »
 

Mardi 22 Octobre 2019 19:11

Marcel Comby. De la mythologie à la vision teilhardienne
1-Le contenu général des mythes

     Associer la mythologie à l’apologétique teilhardienne constitue sans doute une gageure, mais, compte tenu de l’immense complexité du réel et de la profondeur de tout ce qui constitue le tissu humain en matière spirituelle, il n’est pas inutile de faire appel à tout ce qui se rapporte à l’histoire de l’humanité.
     Dans la plus connue des mythologies, celle concernant la Grèce antique, les figures les plus significatives représentent chacune une fonction de la psyché et les relations entre elles décrivent une dramaturgie de la vie intérieure de tout être humain. Nous y découvrons en particulier l’harmonie des désirs et le refoulement, l’amour et la haine, les réussites et les échecs, etc. Le protagoniste de cette dramaturgie est le héros et les situations conflictuelles de la psyché humaine ont lieu à travers des combats contre des monstres redoutables tels que le dragon. Les vérités que l’on sait extraire de ces étranges récits symboliques et poétiques sont exprimées en termes de victoire ou de défaite de tel ou tel héros dans son combat contre tel ou tel monstre dont la signification est très particulière. Telle est l’intelligence des mythes qui peut représenter, soit la vie de l’esprit, soit d’autres situations telles que la vie passée des peuples et leur histoire rejouée symboliquement par la présence des dieux et de leurs aventures.  

2. Leur valeur symbolique

     Pour Platon, ces récits mythologiques qui s’offrent à notre regard critique, était une façon de traduire ce qui relève de l’opinion et non de la certitude scientifique ou de la morale. Ces récits de combats ou de bonheur dans la plénitude, quelles que soient les méthodes d’interprétation, nous aident à percevoir une dimension de la réalité humaine. Celle-ci nous est ainsi dévoilée grâce à la puissance de l’imagination. Il n’est pas question de fournir le vrai de la science mais plutôt d’exprimer le contenu de certaines perceptions qui, justement, ne peut être obtenu par le travail de notre conscience rationnelle. En ce sens, nous nous trouvons à un autre niveau de la réalité. Celui que Teilhard de Chardin a désigné sous le vocable : Esprit de la Terre. (Ecrits du temps de la guerre, page 217) Teilhard avait l’intuition de l’unité de l’Univers et d’une unité qui n’est pas achevée mais en train de se faire. Mais pour lui, il n’y avait pas d’unité véritable sans principe d’unité que l’on peut appeler : âme.
     Les mythes ne sont pas de simples scénarios à effets spéciaux destinés à nourrir notre goût pour la science-fiction ou le romanesque. Ce sont de pures aventures métaphysiques.
La mythologie comparée a longtemps tâtonné entre des interprétations psychologiques arbitraires et le récit récréatif de certaines curiosités littéraires produites par certaines civilisations. Mais on s’est aperçu récemment que tous les mythes de la planète sont tout simplement apparentés. Apparues en Afrique il y a plus de 70000 ans, l’histoire des déluges se retrouve un peu partout sur les terres émergées. De même, le mythe d’Orphée possède un lointain cousin chez les Iroquois. Certaines cosmogonies très éloignées dans l’espace et dans le temps découlent en fait d’une même saga originelle, ce qui engagent les historiens à s’ouvrir sur le mystère de la nature humaine et sur l’universalité dans l’organisation du monde de l’esprit. Ainsi les mythes, contrairement aux productions philosophiques ou scientifiques, permettent plusieurs niveaux de lecture tout comme les contes de fées ou les paraboles évangéliques. Nous sommes pour ainsi dire plongés dans le ternaire et le message diffusé est celui de la Sagesse ! Dans l’Odyssée, Ulysse participe à la guerre de Troie mais, dans sa condition, il revit l’harmonie à Ithaque. Il retrouve sa place dans l’univers auprès de Pénélope, ayant refusé l’immortalité que lui offrit la nymphe Calypso et devient un fragment d’éternité. A ce stade, la mythologie représente une doctrine de salut voire d’espérance.
 
     Ni la psychologie traditionnelle ni la science ne sont les sujets de la mythologie. Lorsque Zeus s’accouple à des mortelles, c’est avant tout pour engendrer des créatures humaines ayant pour mission de rétablir l’ordre dans l’univers. Contrairement à nos séries télévisuelles qui opposent toujours les bons et les méchants, les mythologies posent la question du sens de la vie donc celui de ce que représente pour Teilhard, l’Âme du monde.
 

3. La place du mythe dans la recherche psychosociologique

      Les travaux de recherche sur la mythologie ont mobilisé anthropologues, linguistes, psychanalystes, etc. En effet, la récurrence des récits mythiques à travers les différentes cultures soulève des interrogations intéressantes. D’ailleurs la mythologie comparée exige des chercheurs une étude rigoureuse de nombreuses langues et dialectes. Comme il est question de psychologie et même de psychanalyse, on doit citer en premier chef l’œuvre de Carl Gustav Jung qui étudie les problèmes liés à la psyché et à l’inconscient. Celui-ci considère l’imaginaire humain structuré par une série « d’images primordiales » inconscientes ayant un caractère universel et qu’il nomme « archétypes ». Il s’agit comme d’un modèle de comportement qui s’inscrit dans un contexte d’organisation cosmique. Pour Jung, les mythes expriment symboliquement la mémoire collective de ces archétypes auquel l’individu n’a pas accès par sa conscience. La mythologie apparait donc comme une forme de langage. Elle montre à ce titre une similitude dans la représentation du divin de peuples éloignés les uns des autres dans l’espace et le temps. Certains historiens ont formulé l’hypothèse d’un héritage commun associé à une conception hiérarchisée du monde présente chez les premiers Indo-Européens. Cela expliquerait les ressemblances entre les brahmanes indiens et les druides celtes.
     Cependant les travaux de Dumézil et de Lévy - Strauss montrent que la question de l’universalisme n’est pas aussi simple qu’on pourrait le prétendre. Il reste beaucoup de points d’interrogation sur les origines de l’espèce humaine et sur le rôle joué par les relations sociales et culturelles entre les individus de telle ou telle civilisation.
     De ce postulat de l’universalisme relatif à la structure de la psyché, nait le « structuralisme » auquel participent entre autres chercheurs Jacques Lacan et Roland Barthes. L’analyse linguistique des mythes doit permettre de dévoiler les structures inconscientes de tous rapports sociaux. La mythologie crée des lois structurantes en agençant des événements historiques en un récit alors que la science, par ses expériences, crée des événements pour expliciter les lois naturelles. Mais cette vision du mythe ne fait pas l’unanimité. Selon René Girard, chez Lévy – Strauss, « Rien ne manque à l’exception de l’essentiel ! » Tout ne peut s’expliquer par des systèmes linguistiques comme l’eût pensé d’ailleurs Teilhard de Chardin. On oublie tout simplement l’existence et l’influence du « sacré » et l’on sait que toute sacralité nait dans le sang du sacrifice. René Girard attribue au mythe la fonction idéologique de légitimer le sacrifice et de dissimuler la violence fondatrice. Le rite prend alors le pas sur le mythe.

4. Le retour du religieux

      Le succès de l’anthropologie structurale coïncide étrangement avec la vague de sécularisation des années 1960 et 1970 avec, en particulier, l’impressionnante hémorragie des personnels dans le clergé. Lévy – Strauss a participé à ce mouvement en intégrant la religion dans un système plus vaste d’organisation linguistique du réel. Girard, à l’inverse, a désiré remettre la religion au cœur des préoccupations, et, en tant que catholique fervent, n’a pas caché ses convictions religieuses personnelles. En fait, le structuralisme, qui prônait une philosophie marxisante, est allé en s’effritant et le rite est redevenu le pendant du mythe, là ou Lévy – Strauss l’avait mis en retrait. La relation entre mythe et rite demeura toutefois un sujet de polémique entre chercheurs. Il est loin le jour où la pensée de Teilhard (1881 -1955) a désiré venir à bout d’un certain désenchantement du monde et d’un abandon de thèmes métaphysiques se rapportant à la Création et à l’Evolution. L’œuvre de cet homme, en avance sur son temps, ne fut publiée qu’après sa mort.
 
     Frédéric Lenoir, philosophe et historien, nous parle de huit sages venus de différents coins de la planète qui se retrouvèrent réunis dans le monastère perdu de Toulanka, en plein cœur du Tibet, dans le but de donner à deux adolescents les clés de la Sagesse universelle. IL S’agissait d’une femme chamane, d’une philosophe européenne, d’une mystique hindoue, d’un maître taoïste chinois, d’un rabbin kabbaliste, d’un moine chrétien, d’un maître soufi musulman et d’un moine bouddhiste. Ensemble ils durent dépasser leurs divergences culturelles et historiques puis s’appuyer uniquement sur leur expérience personnelle afin de transmettre ce qu’ils appelleront une quintessence de l’Âme du monde, à savoir une force bienveillante qui maintient l’harmonie de l’Univers. Nous sommes là, à travers cette profonde diversité des êtres en pleine Union créatrice.
     Les traditions indiennes, chinoises ou japonaises proposent nombre de récits différents sur la Création du monde. Pour autant, les similitudes entre ces mythes fondateurs sont fréquentes. Dans sa vision mystique des choses et au milieu de l’épreuve, Teilhard a pensé que l’Âme du monde pouvait être « une zone immanente et transcendante en même temps, dans laquelle se mêlent mémoires, consciences et expériences multiples de toutes les âmes humaines et cosmiques ».  

5. Le monde à l’heure de l’I A et du Trans humanisme
 
     Le sociologue Max Weber (1864 – 1920) avec le concept de désenchantement du monde avait mis le doigt sur un trait essentiel de notre civilisation capitaliste : la quantification, la réduction à l’état de chose de toutes les réalités du monde. Celui-ci cesse d’être Nature vivante pour devenir un ensemble de ressources matérielles. L’humain est emporté dans un processus de matérialisation et de réalité économique. L’encyclique « Laudato sí » du Pape François vient à ^point nommé pour faire retrouver à nos contemporains le sens de la vie. C’est pourquoi un travail authentique d’écologie devrait mettre en lumière les ressorts les plus cachés de notre psyché collective. L’abandon de l’Âme du monde se réalise d’un rationalisme totalement réductionniste avec la disqualification de l’imaginaire en tant que tissu d’images archétypales de mythes et de symboles. Carl Gustav Jung  écrivait en son temps : « L’Âme de l’Occident se trouve dans une situation critique, d’autant plus critique que nous préférons encore les illusions de notre beauté intérieure à la plus impitoyable vérité. L’Occidental vit dans un véritable nuage d’ivresse individuelle qui tend à lui dissimuler son vrai visage. Mais que sommes-nous pour les hommes d’autres couleurs ? Que pensent tous ceux que nous exterminons par l’eau de vie, les maladies vénériennes et le continuel vol de leurs terres ? Rien n’est changé certes avec la détresse de tribus indiennes face aux incendies de la forêt amazonienne.    
     Retrouver le chemin qui nous montre l’Âme du monde, c’est donc incontestablement se donner la possibilité de faire       advenir un monde de la réconciliation, de la conjonction des contraires, de la coïncidence des opposés, par-delà les dualismes qui déchirent l’unité du monde. Nous sommes ici dans une logique ternaire à laquelle personne ne comprend mais qui participe à une haute idée de l’universel. C’est la présence de l’Un en toute chose qui fait de toute chose plus qu’une chose : « une demeure du ciel sur la terre, un enclos de transcendance, un fragment de l’infini » comme l’écrit si bien Mohammed Taleb.
 
     O, Grand Esprit, aide-moi à ne jamais juger un autre avant d’avoir
            chaussé ses mocassins pendant au moins trois lunes
 
Le Un primordial inspirait déjà la Sagesse amérindienne. Il accompagne en permanence depuis l’aube des temps l’imaginaire de tout être humain.

6. Teilhard de Chardin et l’Âme du monde

      Teilhard écrit :
     « Le Monde est déjà, depuis longtemps, en proie à une multitude d’âmes élémentaires qui se disputent sa poussière pour exister en s’unifiant »
 
« Atomes, électrons, corpuscules élémentaires, quels qu’ils soient (pourvu qu’ils soient quelque chose en dehors de nous), doivent avoir un rudiment d’immanence, c’est-à-dire une étincelle d’esprit
. »

     Ce terme d’esprit est donc pour le moins ambigüe !

     Cependant si l’on raisonne en termes d’évolution, la notion mystérieuse d’âme du monde recouvre une réalité plus en phase avec la cohérence dogmatique. En fait, l’âme n’est ni une essence ni une substance, ni un corps ni un esprit, mais un principe relationnel d’unification du vivant. Un principe associé à la notion de finalité et d’accomplissement. Le terme d’âme n’est pas lié à une réalité qui est infusée dans un corps à un certain moment de l’histoire, comme je l’ai appris autrefois. Elle est au cours de l’évolution humaine comme une nouvelle dimension de la personne. Teilhard apporte l’idée novatrice et intéressante de penser la création non pas en termes de rupture mais selon une continuité ou une union. Le Père Teilhard de Chardin nous apprend finalement à penser l’unité avant la distinction. Autrement dit, à comprendre une chose en la mettant en relation avec son environnement. Ainsi, au lieu de penser la création à distance de son créateur, de distinguer l’âme du corps, ou encore le chrétien du reste du monde, il faut surtout craindre de ne pas les unir suffisamment. C’est en effet en recevant les choses dans leur unité, qu’on en comprend ensuite la diversité. La relation de l’esprit à la matière ne peut être maintenue comme simple extériorité, comme si la matière était d’un côté, et l’esprit de l’autre. La continuité dans la matière (de la pierre au corps de l’homme) et sa complexité dans l’être humain conduisent Teilhard à percevoir que toute matière tend vers une fin ordonnée et complexe. Il y reconnait le Christ, présent à toutes les créatures, attirant toutes choses à l’unité de son corps, sans pour autant que toutes choses se confondent avec les autres. Il se laisse ici éclairer par la vision paulinienne du Christ récapitulant tout en lui, d’une matière promesse de vie dont le corps du Christ est l’accomplissement, et l’eucharistie le gage qui nous fait vivre aujourd’hui.

     Le terme « Âme du monde » relève du symbole en tant que capacité de transparence. Il appartient donc à ce que j’ai appelé l’origine, réalité métaphysique conçue comme condition essentielle de tout ce qui est. Il précède donc l’existence de l’être. Puis il se propage le long de la chaîne de l’évolution pour émerger un jour à travers tout homme réalisé en tant que personne capable d’amour. « Indubitablement, nous avons conscience de porter en nous quelque chose de plus grand et de plus nécessaire que nous-mêmes ; quelque chose qui était avant nous et qui aurait pu continuer sans nous… » Pour Teilhard, l’ensemble de toutes les âmes n’est pas un simple agrégat, mais la trace d’une énergie synthétique et directrice, qui agite et chasse la multitude des créatures vers un état supérieur d’unité. Teilhard pose sur l’Âme du monde un regard de profond émerveillement. Pour le comprendre, il convient de ne pas se placer dans dogmatisme désuet mais voir d’une autre façon la théologie de la création. Ainsi l’action créatrice de Dieu n’est pas uniforme mais différenciée. Toutes les capacités de notre être, au lieu d’être simplement juxtaposées, doivent participer dans une même synergie vers cette œuvre d’accomplissement. L’âme ne peut être séparée du corps dans le processus d’évolution. Bien des auteurs spirituels sont tombés dans ce travers du dualisme. Ainsi dans l’encyclique Humani Généris de 1950, Pie XII a déclaré : « L’Eglise n’interdit pas que la doctrine de l’évolution, pour autant qu’elle recherche si le corps humain fut tiré d’une matière déjà existante et vivante – car la foi catholique nous oblige à maintenir l’immédiate création des âmes par Dieu – dans l’état actuel des sciences et de la théologie, soit l’objet de recherches et de discussions de la part des savants » Dans cette vision du monde, le corps humain est pensé sans l’âme et réciproquement l’âme sans le corps.

     Teilhard parle du « Schisme dans la charité ». Je me suis autrefois senti mal à l’aise face à un très bon ami qui me disait souvent : « Je me sens parfaitement chrétien par mon action sociale bien que je ne pratique pas ! ». Je n’avais bien sûr pas lu Teilhard mais dette anecdote m’avait fait réfléchir à tout ce qui relevait de notre relation au Créateur. Teilhard écrit (Page 229) : « Dieu ne se donne pas à l’âme comme un Bien surajouté qui s’accole. Il fait mieux et d’avantage. Il vient à nous par le chemin intérieur du Monde ; il descend en nous par le côté où notre être inachevé se mêle à la Substance universelle. » Ainsi le schisme dans la charité résulte d’un dualisme qui met en opposition le Christ et le Monde. Je ne saurai juger cet ami mais je pensais pourtant, vu nos liens de respect, que son christianisme valait bien le mien et que nous ne serions jugés qu’à l’aune de l’amour divin. En fait, nous étions tous deux des acteurs dont la spiritualité était bien différente mais de nature mystiquement co participative à ce que Teilhard nomma : Âme du Monde. Finalement, dans les écrits ultérieurs, Teilhard nous parlera plutôt de «Noosphère ». Parler simplement de sphère pensante se révèle purement artificielle. Sur le plan métaphysique, la notion de noosphère est associée à une fonction réelle unissant Dieu et le Monde.

7. Du mythe de Frankenstein à la Terre promise

     Rappelons que Frankenstein est un roman publié anonymement en 1818 par Mary Shelley qui relate la création par un jeune savant suisse, Victor Frankenstein, d’un être vivant assemblé avec des parties de chairs mortes. Le résultat de cette opération inédite s’avéra peu reluisant car Frankenstein avait ni plus ni moins fabriqué un monstre profondément hideux mais doué d’une capacité diabolique de vengeance sur son créateur qui, en fin de compte, l’avait abandonné. Mary, sous-titrant son œuvre : « Le Prométhée moderne », dévoilera qu’elle devinait avoir écrit l’histoire future de l’humanité !
     En fait, durant ces dernières décennies, l’homme est devenu comme une puissance divine, au point d’impacter davantage la terre que ne le font les éléments naturels : créer une intelligence ; façonner des robots ayant une apparence humaine tout en étant bien plus performants ; engendrer de nouvelles créatures par ingénierie génétique ; pouvoir imiter le vol de l’oiseau ; choisir son sexe à volonté, etc. La science nous a apporté le confort et le mieux-être mais les démiurges que nous sommes sont finalement saisis d’effroi devant l’apparence monstrueuse de cette créature qui s’offre à nous et qui risque de nous détruire lamentablement
dans un avenir relativement proche. Nos problèmes sont multiples : pollutions diverses ; réchauffement planétaire ; destruction des écosystèmes ; confusions multiples dans la sphère du numérique et dans les questions de filiation, etc. De nombreuses personnes parlent d’Apocalypse ou de fin du monde. Le mythe a certes fonction d’avertissement !
 
     Dans son ouvrage : « Ecrits du temps de la guerre » (page 395), Teilhard s’exprime ainsi :
« Si le Christ était venu au temps d’Abraham, ou de Moïse, on peut croire que – sauf miracle- les Hommes (réalisant littéralement la parole de saint Jean) ne l’eussent pas compris du tout. Leur âme naturelle, leur degré d’Humanité, n’eussent pas été capable de Le recevoir »
     Pour Teilhard il semble que la nature humaine sur un plan général progresse inexorablement vers plus de sagesse ; une étude exhaustive montre que le degré de violence en tous points de la planète a continûment régressé depuis quelques milliers d’années. En outre le cerveau humain a acquis progressivement de capacités certaines dans les domaines les plus divers : philosophie, sciences, arts, sens critique, discernement, etc. Teilhard poursuit :
« Si le Christ, jusqu’ici, n’a pas suscité vers Lui, parmi les Hommes, le grand entraînement que sa dignité Lui prépare, pourquoi ne serait-ce pas que chez les Hommes (pris en général) la disposition naturelle est insuffisamment murie encore, qui doit leur permettre d’être sensibles à ce qu’il y a de plus actif dans l’influence du Verbe incarné ? »
     On voit que Teilhard a une certaine idée de l’être humain qui en fait une créature en permanence capable de s’accomplir plus pleinement dans le Christ. Ne doit-on pas, à ce titre, avoir toujours un point de vue optimiste de nos semblables ? Teilhard écrit plus loin :
                                             « Allons, la vie est encore belle ! »
     Teilhard a connu les horreurs de la guerre de tranchées mais il n’a pas cédé au désespoir :
              « J’irai vers l’avenir plus fort de ma double foi d’homme et de chrétien… 
                 Car je l’ai entrevue du haut de la montagne,
                 La Terre Promise »
 
     Notre montagne à nous se perçoit à travers les visions que nous avons du monde présent.
Une revue jésuite révèle d’ailleurs une montée des sans - religion en Occident, surtout parmi les jeunes et le phénomène est massif. En outre les appartenances à telle ou telle religion sont très diverses. Le paysage religieux se recompose d’une manière difficilement prévisible et nous devons nous souvenir des lendemains qui chantent lorsque nous méditons sur le mythe de Frankenstein. Et pourtant la demande contemporaine de « Sagesse » et de « Spiritualité » s’étale partout sur les murs de nos gares et des présentoirs de nos librairies. En fait, la vie familiale et professionnelle de nos contemporains est soumise à de profondes contraintes qui mettent sous le boisseau la réflexion et l’échange. Mais la désaffiliation religieuse que nous connaissons, n’a pas fait disparaitre les besoins de sens, de consolation, de justice et de ritualisation. Notre histoire religieuse n’est pas terminée. La mythologie nous enseigne justement qu’au-delà de nos échecs et de nos combats, se profile toujours une terre promise en raison du fait que l’homme, dans son for intérieur, est lié à une transcendance qui peut assurer son salut. L’optimisme de Teilhard est fondé sur cette présence bienveillante de Jésus au plus intime de la nature humaine. Ce n’est pas un optimisme né d’une opinion superficielle mais plutôt une conviction très forte de l’existence d’une transcendance qui, en tout temps, s’est manifesté pour transformer l’homme et le monde. En ce qui concerne une éventuelle et désastreuse Apocalypse, rappelons que : « Pour ce qui est du jour ou de l'heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul »  (Marc 13 :32)
 
 
                                                                                      MARCEL  COMBY
 
 

Jeudi 3 Octobre 2019 10:33

Marcel Comby - L'Éternelle Féminin - Écrits du temps de la guerre


Masculin et Féminin
  Du point de vue ontologique,  l’Être - Un se polarise en deux principes complémentaires : l’un actif et l’autre passif, comme masculin et féminin, et c’est entre ces deux pôles que se déploie toute la manifestation, c’est-à-dire la Création. Ces deux pôles, sans lesquels il n’y aurait aucune manifestation possible, peuvent être désignés respectivement par les mots :« Essence » et « Substance » : cette dernière ne doit pas être conçue comme une matière préexistante, mais comme un « principe ontologique »  qui, en lui-même, n’admet aucune réalité intelligible ; la Substance n’existe qu’en corrélation avec l’Essence, ( principe actif ), qui, par son action sur la substance, produit tous les êtres et les amène à l’Existence. De même, l’Essence doit être conçue en corrélation avec la Substance, à partir de laquelle elle produit tous les êtres, et cela sans que la permanente actualité de l’Etre en soit affectée, et sans que la multiplicité innombrable des êtres ajoute quoi que ce soit à l’Unité du Principe ontologique : creatio ex nihilo.
Il en découle que la multiplicité ne « sort » de l’Unité qu’en apparence, c’est-à-dire au niveau de la manifestation ; elle ne cesse d’ailleurs d’être contenue éternellement dans l’Un. On peut dire qu’il y a :   « multiplication incessante de l’Un inépuisable et unification incessante de l’indéfinie multiplicité ».
         Si on en revient aux deux pôles, qui se situent au degré de l’Etre, on peut dire qu’ils constituent une première dualité à partir de laquelle se déploie la multiplicité ; mais, de même que celle-ci reste contenue principiellement dans l’Un, on peut en dire autant, à fortiori, de la dualité en question.
         Or c’est de cette dualité première que procèdent, dans le monde manifesté, toutes les dualités possibles, tous les couples opposés ou complémentaires que l’on peut rencontrer dans la nature : homme - femme, gauche - droite, bien - mal,etc.
Mais de même que la multiplicité des êtres, éphémère et transitoire au niveau d’un monde ou d’un état d’existence, doit finalement être réintégrée dans l’Unité de L’ETRE, il en est aussi de toute dualité : « la résolution des oppositions et l’union des complémentaires » se réalise au niveau de l’Un.

Dieu est envisagé comme le Principe Suprême situé au-delà de toute forme, de toutes distinctions, de toutes différences renfermant toute chose dans son Unité ( dans sa Non dualité ).D’où il découle que toute manifestation du Principe, c'est-à-dire toute création, devra se distinguer de lui tout en demeurant en lui. La création procède donc d’une différenciation, d’une dualité au sein de la Non dualité.
 
         La « manifestation universelle », autrement dit la Création comporte un double principe : l’un est actif ; l’autre est passif. Cette vision de l’Univers est partagée par différentes Traditions de l’humanité.
 
La Tradition Egyptienne nous parle de     Osiris  et  Isis
La Tradition Chinoise nous parle du         Yin  et du  Yang
La Tradition Hindoue nous parle de          Purusha  et de  Prakriti
La Tradition chrétienne nous parle du Verbe créateur  et de la Vierge
 
En d’autres termes il s’agit du principe masculin et du principe féminin.
On devine une certaine logique 
 
         l’acte de créer :     principe masculin
         l’état de créé :       principe féminin
 
Telle semble être l’origine de cette grande notion de dualité à partir de laquelle s’organise le Monde, se construisent et s’énoncent les grands dogmes de la religion catholique.
 
Adam et Eve, cités dans la Genèse, constituent l’exemple primordial de cette bipolarité : masculin – féminin.
 
         L’hypothèse de base avancée pour expliquer comment s’articulent les réalités physiques et métaphysiques peut s’énoncer ainsi :
 
         Le Principe de toute manifestation ( la Création ) est naturellement non manifesté        ( c'est-à-dire : métaphysique ). Ce Principe est donc d’un autre ordre que l’élément dont il est le Principe. Devant contenir en lui toute la manifestation, il se situe, par contre, au-delà de toute manifestation, il est  « plus grand » que ce qui se manifeste. Le Principe double : actif – passif est envisagé comme « non manifesté » au regard du Principe Suprême indifférencié, mais il est aussi envisagé comme « non manifesté » au regard de la « manifestation universelle », c'est-à-dire : la Création, donc d’un ordre supérieur à elle. On peut donc en déduire que le Principe de la dualité jouit, par rapport à la Création d’une supériorité dans la hiérarchie des différents états de l’Etre.                                                 .                                        
On dit alors qu’il s’agit d’un « privilège ». Mais en outre, l’infériorité du manifesté par rapport au « non manifesté » tient à sa nature de réalité créée et à son « origine ». On dit alors que cette infériorité est le « péché originel » qui est un péché de nature, car il affecte toute la descendance d’Adam, et un péché d’origine car il découle de la provenance de ce manifesté qui fut essentiellement « Séparation d’avec Dieu ». La supériorité du « non manifesté » par rapport au « manifesté » se traduit par l’exemption du péché originel qui se rapporte au Christ et à la Vierge.                                                                                                            
 
La Rédemption apparaît comme une renaissance spirituelle : le « retour » de la « manifestation universelle » au Principe Suprême. Toute naissance implique un double principe, ce qui se traduit, sur le plan métaphysique, par la double « médiation » du Christ et de la Vierge.
 
         Les questions fondamentales que je me suis posées durant ma vie, se rapportent au cloisonnement existant entre les conceptions occidentales et les conceptions orientales de l’Etre. J’ai été, de façon permanente, attaché, non à un syncrétisme des religions, mais à une vision unifiée de l’esprit…d’autant plus que la science moderne fait découvrir de nouvelles réalités. En ce sens, le problème de la place de Marie, Mère de Dieu et celui de l’âme, dans la métaphysique chrétienne, m’ont inspiré de nombreuses réflexions. Venons-en à l’essentiel :
 
         Selon la philosophie du Védantâ, Dieu doit être conçu comme une Réalité Infinie excluant toute limite et toute détermination. La conception universelle et totale de la Divinité supposerait l’existence d’une « Possibilité universelle » qui se reflète à tous les niveaux de l’Existence universelle qui en constitue « l’apparence extérieure ». Ainsi tout être manifesté tel que l’être humain, n’est que l’apparence ou la manifestation extérieure de sa « possibilité principielle » qui représente alors son « Archétype éternel » en Dieu. L’ensemble de tous les
Archétypes représente, au niveau de la Divinité une « conception » de la Divine Essence, conception purement principielle, non manifestée et indifférenciée. Dans ce cadre, se situe par exemple ce que l’Eglise catholique appelle : l’Immaculée Conception.  
                                                                                                             
Selon ce schéma de pensée, le Mal réside dans l’illusion séparative ou séparativité apparente. Cela entraîne cet état mental selon lequel l’entité manifestée « homme » semble complètement autonome. A propos de l’âme, j’ai souligné que cette réalité métaphysique englobait un espace beaucoup plus étendu que la simple réunion du corps et de l’esprit. En somme, si nous y réfléchissons bien, notre être « vaut » beaucoup plus que nous l’imaginons généralement. D’ailleurs …à cet égard, que dire des personnes qui ne  possèdent plus l’usage de leur corps ou celui de leur cerveau ou qui se trouvent plus ou moins marginalisées ? Sont-elles déjà mortes ou tout simplement exclues du monde ?  Cette parole du Christ : « Tout ce que vous faites au plus petit des miens, c’est à moi que vous le faites ! » constitue un langage fort qui concerne l’attitude à avoir vis-à-vis de la personne dans toute son unité. Le mot exclusion, si souvent évoqué dans les églises, signifiera le plus souvent enfermement de l’individu dans une prison intérieure. Le péché originel, que nous ne savons pas concevoir dans notre intelligence limitée, constitue une sorte de « sortie illusoire » du Principe.    
                                                    
                    Le Mystère concernant la Vierge, exempte du péché originel, est lié au fait surnaturel selon lequel Marie s’identifie à la Possibilité Universelle, ce qui n’affecte pas sa liberté ni l’ensemble de ses caractéristiques humaines.  La dogmatique mariale ne peut donc être discutée au seul niveau des neurones et des chromosomes ! Retrouver en soi son « Archétype éternel », c’est réaliser en soi le mystère de la Vierge, ce qui dépasse de loin les démarches purement affectives que nous inspire la féminité et le courage d’une femme que nous jugeons sublime. On se retrouve un peu au sein des doctrines orientales qui s’appuient sur le principe de l’identification et de la fusion…avec, il est vrai, une Réalité tout autre.
 
         Au niveau du Cosmos et de la Genèse, il est écrit : « L’Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux… ». Le symbolisme associé à cette phrase fait apparaître le double Principe, sachant que les eaux représentent, par leur plasticité, la soumission au principe actif de l’Esprit.               
 
Au niveau de la nature humaine, le couple Adam – Eve représente « l’Androgyne primordial » et au niveau le plus bas, se situent l’homme et la femme tels que nous les connaissons. Notre société actuelle se risque d’introduire un élément de chaos dans cette belle hiérarchie du manifesté, en ne reconnaissant plus les valeurs spécifiques des deux sexes dans leurs essences respectives.                                                                                                       
         Dans la démarche inverse qui va du manifesté au Non manifesté, le Mystère nous conduit vers l’existence du couple : Saint-Esprit – Vierge Marie et celle du couple : Christ – Eglise. Ici le couple se comprend comme la Réalité présidant à une nouvelle naissance qui s’opère par une alchimie spirituelle débouchant sur un état de l’âme. Cet état ontologique n’est en rien une situation morale ou un ensemble d’actes vertueux, mais quelque chose d’indicible qui se traduit théoriquement par le fait qu’on est !, à l’exemple des eaux primordiales qui offrent toute leur plasticité à la volonté divine.
                                                                                                 
         Trois conditions, sont requises pour atteindre effectivement cette plasticité de l’âme.
1 ---     La transmission de l’influence spirituelle ou communication du Saint-esprit par les rites tels que les sacrements. C’est, d’une certaine manière : la Voie.
2 ---     La connaissance de la doctrine donc de la Vérité.
3 ---     La pratique de la méditation et de l’oraison qui conduit à la Vie,  au sens le plus large.
 
            En récitant l’Ave Maria, l’âme s’applique à elle-même les paroles de l’Ange à Marie, et la répétition quasi indéfinie, le rythme du Rosaire, engendre cette vibration qui transforme l’âme en son prototype virginal. L’Ave Maria contient, comme deux joyaux incrustés, les noms de Jésus et Marie, et de ce fait, apparaît comme le moyen susceptible de créer dans l’âme une réceptivité à la Grâce qui est l’application à l’univers humain du Fiat Lux de le Genèse venant organiser le chaos, du mystère de l’Incarnation, du Verbe, Lumière du monde, descendant dans le sein virginal de Marie, pour y engendrer le Christ. L’âme humaine doit donc s’identifier au sein virginal de Marie pour devenir le « lieu » de la Génération du Verbe. La Volonté du Père est d’engendrer éternellement le Fils. Cette « naissance éternelle » du Fils se produit en dehors du temps et de l’espace : l’âme devient alors, dans ces conditions, intemporelle et s’inscrit dans une perspective ontologique qu’on ne sait pas imaginer. 
                                                    
             Notre raison, notre langage, notre cœur, ne peuvent saisir le sens primordial et toute la portée du Mystère selon lequel l’âme s’identifie à la Vierge .  Cette affirmation rend compte  d’une certaine continuité et d’une complémentarité des métaphysiques occidentales et orientales.                                                                                                                               
              L’homme occidental se noie dans son activisme et son matérialisme. Il redoute tout ce qui lui paraît abstrait et intangible, alors il se réfugie parfois dans le faux « merveilleux », une solution qui l’arrange et qui lui procure des vérités illusoires. En fait, l’homme de notre temps régressera, dans tous les cas où il perdra progressivement…ce qu’on pourrait appeler la conscience de son âme !
Ses « trois yeux » ne lui renvoient qu’une image déformée du monde des valeurs et la plupart du temps la transcendance n’est plus qu’une lointaine nébuleuse qui n’apparaît plus que sous la forme d’un obscur code de sauvetage de la nature humaine.                                      
Depuis le dogme pris au pied  de la lettre jusqu’à la confuse charte des droits de l’homme, l’être humain se fraye un chemin à travers un douloureux champ d’incertitudes et de souffrances paraissant souvent sans remèdes. Je pense à cette situation terrifiante selon laquelle un chirurgien se voit contraint à choisir entre deux démarches conflictuelles : l’une consistant à apporter dans toute la mesure de ses possibilités, des soins à un malade en dernière phase de vie ; l’autre résultant, de la part de la famille du malade, d’une volonté délibérée de faire cesser les souffrances en débranchant les appareils. Comment donner un avis sur un problème qui n’admet pas de solution ?
 

Jeudi 4 Juillet 2019 10:30

Marcel Comby


La logique ternaire : un don divin
La problématique de notre époque Pédophilie dans l'Église : "Il est probable que cela provoque un schisme" selon Odon Vallet
    
Nos relations avec les autres, telles que nous les vivons journellement,  nous poussent inexorablement  vers des échanges d’idées fortement articulées autour d’une logique binaire. Le manichéisme y est très souvent présent. Il s’agit de la logique du Tiers exclus, celle que j’ai justement utilisée abondamment dans mon enseignement des mathématiques en classes préparatoires scientifiques. Cette logique nous est naturellement imposée par notre condition humaine mais elle ne résout pas tous nos problèmes, en particulier ceux qui se rapportent à l’éthique et à la métaphysique.
     De nos jours, en raison d’une part des gigantesques découvertes technologiques et d’autre part des prises de conscience dans différents domaines liés au sexe et à l’identité de la personne, de nombreux clivages s’opèrent au sein de nos sociétés. Citons les principaux : les abus sexuels au sein de l’Église catholique, les tentations de vengeance parmi les victimes, La PMA et la GPA, l’option du mariage pour les prêtres catholiques, l’éventuelle possibilité d’ordination de personnes de sexe féminin, l’accueil par l’Eglise des divorcés – remariés, l’interruption volontaire de grossesse, les décisions du corps médical devant un malade en fin de vie, etc…Face à ces questions difficiles, l’Eglise catholique se doit de faire connaitre son opinion et généralement elle va se prononcer pour ou contre telle méthode d’action, ce qui entraîne des conflits parmi les populations. Se rappeler les circonstances en lien avec « le mariage pour tous ». Nous-mêmes sommes amenés à donner notre opinion sur tel sujet qui nous tient à cœur et la réponse sera généralement contenue dans un oui ou dans un non à telle ou telle procédure. Il faut spécifier à ce sujet que la souffrance des personnes concernées par telle ou telle difficulté physique ou morale existe bel et bien que ce soit dans le camp des pour que dans le camp des contre. Ce qui fait que de nombreux problèmes s’avèrent insolubles. Alors la question est la suivante : les prises de position de l’Eglise étant insuffisantes, quel est la dialectique à laquelle elle devrait se conformer et quel langage adopter dans telle ou telle circonstance ? C’est ici justement qu’intervient une autre forme de penser les choses fondée sur la logique ternaire.
     On peut penser à la devise républicaine bien connu de tous. En effet Liberté et Égalité sont sur le plan phénoménologique deux réalités contradictoires. Il n’y a qu’à se référer à l’Histoire: l’imposition de la justice entraine fatalement la privation de libertés (considérer l’ancienne Union Soviétique) tandis que l’usage systématique de la liberté entraine des injustices (voir nos systèmes capitalistes). Donc il en résulte que la Fraternité serait un troisième terme qui s’inscrit dans une logique ternaire mais il conviendrait de préciser ce qu’on entend par fraternité. On entre là dans un monde très vaste qui s’inscrit dans le politique, l’empathie, l’affectif, la solidarité, la morale et la religion mais aussi dans l’univers de l’infiniment complexe.

  1. Le phénomène chrétien
  Teilhard de Chardin (1881 – 1955) scientifique et jésuite esquissa, dans l’épilogue de son œuvre « Le Phénomène Humain » (pages 326 - 327) une phénoménologie de la réalité chrétienne et il déclara :
« Pour des raisons de commodité pratique, et aussi peut-être de timidité intellectuelle, la Cité de Dieu est trop souvent décrites dans les ouvrages pieux en termes conventionnels et purement moraux. Dieu et le Monde qu’il gouverne : une vaste association d’essence juridique, conçue à la manière d’une famille ou d’un gouvernement. Tout autre est la perspective de fond à laquelle s’alimente et dont jaillit depuis les origines la sève chrétienne…
Créer, achever et purifier le Monde, lisons-nous déjà dans Paul et Jean, c’est l’unifier en l’unifiant organiquement à soi…
Et alors, nous dit Saint Paul, il n’y aura plus que Dieu, tout en tous…
L’Univers s’achevant dans une synthèse de centres, en conformité parfaite avec les lois de l’Union. Dieu, Centre des centres. Dans cette vision finale culmine le dogme chrétien ».
 
     Le mot « organique » est pris ici dans un sens symbolique qui nous ramène à la structure de ce qui est essentiellement le vivant organisé dans toute sa complexité et non à une simple idéologie contraignante. On est là plongé dans les questions liées au relationnel et à la finalité de l’espèce humaine qui se résume dans la convergence en la personne du Christ.  En outre, Teilhard, dont la pensée s’exprime habituellement selon un rythme ternaire, montre trois phases qui mènent à l’accomplissement de la personne humaine.
 
  • Etre tout soi-même sans être plus que soi-même.                               – centration
  • Désirer entrer en relation avec vers les autres                                     - décentration
  • Découvrir le bonheur en s’immergeant dans un plus grand que soit  -surcentration
      L’organique, dans une vision globale de l’Univers et de sa relation au divin, fait donc appel au ternaire qui entre aussi bien dans la logique de la pensée que dans le mouvement en physique et dans les mécanismes de la vie en biologie. Cette réalité, qui s’oppose au binaire bien connu caractérisant les multiples épisodes de notre condition humaine, a sans doute une origine métaphysique dans une vue globale de l’unité de l’être. C’est ainsi qu’on peut distinguer dans l’ensemble des mondes créés trois constantes : naissance – évolution – destruction.
 
Quelle est donc l’origine de cette trilogie ?
     Sans doute d’abord une origine biblique. Je cite donc des propos du Père Razvan Andrei Ionescu extraits de son ouvrage : Théologie orthodoxe et science (page 117)
« Les deux dogmes fondamentaux du christianisme  sont : le dogme de la Trinité ; Dieu est Un par son essence et Trois comme Personnes et le dogme de l’incarnation : le Christ est vrai Dieu et vrai homme. Sophrony  (moine et théologien orthodoxe) affirme que l’antinomie première du dogme de la Trinité réside dans le fait que l’Hypostasis  (la Personne) et l’Essence sont absolument identiques et en même temps totalement différentes. La Trinité implique une rationalité entre les trois Personnes, lesquelles portent chacune pleinement l’Être, réalisées pleinement par le dialogue et l’amour. Le concept de Trinité nous  dit que la logique binaire cesse pour faire place à une logique ternaire. Le Moi, dans la Sainte Trinité  n’implique pas le non – Moi comme alter ego mais deux autres comme Personnes de dialogue. La logique courante cesse en faisant place à une logique symbolique : trois flammes identiques mises ensemble n’en forment qu’une seule, mais sans perdre leur identité. La « résolution » des antinomies suppose la construction d’une perspective élargie, réalisable par un mode ascensionnel. Dieu se livre à l’être humain et celui-ci, en participant, comprend.  Comprendre, c’est acquérir graduellement la perspective de Dieu sur les choses, entrer dans la pensée de Dieu par un changement d’attitude. C’est pourquoi les dogmes ne sont pas accessibles par une lecture répétitive  tiède sans l’engagement d’un vécu.
Étymologiquement, le mot dogme signifie : « redresseur de vie » un point de repère essentiel sur le chemin de la croissance vers la vie éternelle. »
  1. Point de vue épistémologique  
     Il se trouve que le philosophe d’origine roumaine Stephen Lupasco (1900 – 1988) soit l'auteur de la Logique dynamique du contradictoire, fondée notamment sur la notion de Tiers inclus. Les récentes découvertes du XXe siècle en physique quantique nous  ouvrent justement vers un monde étrange qui n’est pas sans enrichir nos façons de penser grâce à une sorte de don de la Nature et plus précisément un don du Créateur qui fait exploser notre rigidité cognitive sur les choses de ce monde. L’idée maitresse de Lupasco entre dans le cadre d’une pensée en mouvement qui peut rejoindre celle de Teilhard de Chardin fondant sa théorie de l’Évolution sur le ternaire, la complexité et l’ouverture sur l’universel.
 
     J’en viens maintenant à mon enseignement des mathématiques Cette transmission de ce genre de connaissances ne se réduit pas en fait à de l’analyse numérique : résolutions d’équations et représentations graphiques, statistiques et probabilités, calcul différentiel et intégral. Elle montre comment bâtir, à l’aide de la logique rationnelle, des structures cohérentes ayant un sens et une finalité donc une fonction d’archétype. Je pense bien sûr à la dualité, thème redouté des étudiants en raison de son abstraction. Le schéma de la dualité fait apparaitre deux espaces en interdépendance l’un avec l’autre mais au sein desquels existent deux modalités de conception qui s’opposent l’une à l’autre. Dans l’un des espaces on compose des éléments non nécessairement numériques et dans l’autre espace on décompose au contraire suivant des éléments numériques. Pour être plus clair, imaginez que vous allez chez le fleuriste pour acheter un bouquet. Vous vous trouvez devant deux manières de raisonner : soit vous choisissez des fleurs selon vos goûts sans vous soucier de leur prix, soit vous les choisissez en fonction d’une somme à ne pas dépasser. On est là en présence de deux archétypes ou prototypes d’ensembles symboliques : la synthèse et l’analyse. Je précise alors que tout ce qui est immanent est soumis à dualité d’où l’existence sur notre Terre d’une logique essentiellement binaire dans l’expression de notre langage.
     Je me propose de recourir maintenant à d’autres modèles mathématiques et de faire appel à une science très abstraite ; la topologie qui en gros étudie essentiellement la position des objets les uns par rapport aux autres. A la base de la théorie, on définit des axiomes qui portent sur des espaces appelés respectivement ouverts et fermés. Normalement pour tout être humain logiquement constitué, ouvert est le contraire de fermé. Il est possible alors dans certaines manipulations topologiques et avec de bons axiomes de construire logiquement un système absolument cohérent qui contienne un ou plusieurs espaces qui soit à la fois ouverts et fermés. Dans ce cas exceptionnel, on a effectué une « résolution de la dualité »  Comment est-ce possible ? Simplement parce que l’on a, dans un nouveau système, changé de niveau de réalité. Nous entrons ici dans le cadre de la transdisciplinarité et celui de la métaphysique si l’on est croyant. La transdisciplinarité est née d’un besoin d’établir des liens entre différents domaines du savoir. En particulier, elle fut influencée par les découvertes en mécanique quantique qui remettent en question les concepts fondamentaux tels que la continuité, la causalité locale, le déterminisme et l’objectivité. En outre on apprend qu’il n’existe pas dans l’Univers qu’un seul niveau de réalité et on en arrive à la métaphysique dont l’importance ici est fondamentale. Dans une perspective transdisciplinaire, tout semble connecté et il existe trois piliers de compréhension : la complexité, les différents niveaux de réalité et la logique du tiers inclus (Nicolescu 1966)
  • La complexité, de complecti, contenir dans le sens de réunir plusieurs éléments différents, de tisser ensemble. Etat situé entre le chaos et l’organisation rationnelle. La complexité caractérise l’organique tandis que la complication se rapporte au mécanique. Elle entre dans la problématique de l’organisation.
  • La reconnaissance des différents niveaux de réalité conduit à rechercher des relations entre du semblable et du différent. A mes étudiants j’étais amené à leur montrer l’importance de ce qu’on désignait sous le terme d’isomorphisme.
  • L’axiome du tiers inclus se formule ainsi : A tout terme A il existe un terme T qui est à la fois A et non A. Ce terme T est naturellement dans un autre niveau de réalité que le terme A. Ainsi ce qui est contradictoire à un certain niveau ne l’ai plus à un niveau différent. C’est le principe d’unification des contraires.
Comme exemple d’unification des contraires, parlons du temps. Dans notre macrocosme, le temps s’écoule de façon linéaire. La flèche du temps est caractérisée par l’irréversibilité temporelle. Il en est tout autrement au niveau quantique où il existe une invariance temporelle. Un film se déroulant en sens inverse produit dans la plupart des cas les mêmes images que lorsqu’ il se déroule en sens direct.
  1. Le ternaire dans nos vies  
     A la suite des événements qui concernent le Monde catholique depuis un certain temps, certains chrétiens peuvent ressentir un profond malaise dans la récitation du Credo lorsqu’il s’agit de reconnaitre que l’Eglise est une, catholique et apostolique. En fait le mot Église se rapporte à trois réalités distinctes et superposées. L’Eglise fondée par le Christ représente une réalité universelle au sein de laquelle tout homme peut réaliser son accomplissement. C’est là que nous entrons dans le ternaire car cette réalisation se situe au-delà des choses terrestres mais plutôt dans ce qui constitue l’essentiel du christianisme : le Pardon.
 
     La logique ternaire peut s’appliquer dans le domaine du psychique lorsque des personnes en souffrance aspireraient à un apaisement ou à une vie meilleure. Je fais donc référence ici à des réalités telles que le désir, l’échec, le péché, l’espoir et la résilience où la présence et l’influence des autres est fondamentale. Comme l’aurait dit Teilhard, les êtres humains sont des « êtres en devenir et des êtres inaccomplis » et l’espoir fait partie intégrante de leur nature. C’est alors qu’intervient la conscience dans une optique de critique, de mouvement, de plus être et d’ouverture. D’où l’importance de la relation aux autres et des contingences physiques, morales, économiques, professionnelles, culturelles et spirituelles. C’est alors que le désespoir est éloignement de soi. Dans le processus de conscientisation, il est question de mouvement allant d’un état de conscience dit non éveillé vers une conscience de plus en plus critique, ce qui correspond aux exigences de la logique ternaire. L’homme se trouve en quelque sorte de plus en plus présent à soi-même ce qui est à la fois facteur d’épanouissement  et facteur de dynamisme en direction de la Vie, de la Terre finale pour reprendre les mots de Teilhard. Dès l’enfance, nous passons par des phases de contradictions en raison du caractère dual des choses de ce monde terrestres et nous sommes dominés aussi soit par notre égo soit par l’influence de nos semblables. Il se peut qu’un jour notre esprit découvre la vérité sur nous-mêmes et que notre existence s’en trouve enrichie. Nous accédons à un autre niveau de réalité ce qui rend caduque l’état antérieur de décisions contradictoires : Ai-je bien fait ? Ai-je mal fait ? Au bout d’un pénible cheminement me voilà libéré car ma conscience critique m’a finalement poussé vers plus de pardon pour moi-même, plus de paix intérieure et plus d’amour pour les autres, miracle de la résilience.
 
     Dans l’évangile de Marc (10, 7-8) il est écrit : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. » Le féminin désigne symboliquement l’aspiration de l’homme à la transcendance. La femme est plus liée plus que l’homme à l’âme du Monde et aux forces fondamentales d’où jaillit l’amour. Ce sont, nous disent les textes bibliques, les porteuses d’aromates. Teilhard, dans l’Éternel féminin, nous la décrit comme la plus grande force cosmique, la trace de l’axe de la Vie. Chez Jung, il s’agit d’un aspect de l’inconscient qu’il nomme anima où se trouvent concentrées toutes les tendances féminines de la psyché. Dans la poésie islamique, il s’agit de la beauté divine Le monde de la métaphysique est essentiellement lié au ternaire car l’accomplissement de soi et la participation au mystère divin sont absolument étrangère à une logique purement humaine. D’ailleurs le ternaire se retrouve en toutes choses. Dans le langage on doit distinguer trois éléments : le sujet, le verbe et le complément. Au niveau du Divin, nous trouvons la Trinité et à un niveau intermédiaire, celui de l’homme, il existe trois réalités : le corps, l’esprit et l’âme, correspondant respectivement au matériel, au rationnel et au spirituel. Le ternaire traduit aussi bien la dialectique dans l’exercice logique de la pensée que le mouvement en physique et la vie en biologie. La raison fondamentale de ce phénomène universel est sans doute à chercher dans une certaine métaphysique de l’être qui comprendrait trois étapes : apparition, évolution et disparition.
 
     Il faut s’interroger sur la manière qu’ont les caractéristiques de ternaire de s’actualiser dans toute vie sociale bien comprise : façons d’être, de voir et d’agir, compte tenu des rigidités propres à la nature de l’homme quelles que soient l’époque et les circonstances.
On ne peut imposer aux autres, dans le champ de la spiritualité, ce que l’on croit bon. La position de l’Église est formulée à partir de deux références éthiques fondamentales : la dignité de l’embryon, qui doit être respecté comme une personne, et la dignité de la procréation qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l’acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints. Dans cet exemple nous sommes immergés dans un contexte qui porte sur la culture, la  biologie, la médecine, la morale, la métaphysique et enfin les exigences d’ordre religieux. En fait, le problème est de savoir, dans la logique ternaire où se situe, non un élément singulier précis, mais un certain  horizon supérieur.  Pour un croyant, la procréation est un événement qui a lieu à la fois dans le temporel et la métaphysique qui sont des réalités de niveau bien distincts. On doit donc s’engager à adopter un langage ternaire et non s’en tenir à la binarité traditionnelle, celle qui condamne. Tout ce qui monte converge nous dit Teilhard. Moyennant quoi l’horizon se trouve dans l’intelligence et la capacité de l’homme à s’approcher de la vérité et d’exercer ses responsabilités. Savoir plus afin de pouvoir plus afin d’être plus nous dit encore Teilhard. Cela pose le vaste problème de notre vie intérieure qui doit se nourrir de savoir.
     Je pense à une spiritualité qui se fonde sur une logique ternaire fondée sur le fait que la réalité divine ne peut être contenue dans aucune formule. La réalité de notre vie se présente sous la forme d’une triade composée de deux éléments antagonistes connus et d’une transcendance cachée. Comment doivent alors intervenir dans la vie de l’homme des instances religieuses ? Certes par le dialogue ! Reconnaitre et aimer l’autre dans sa différence, s’ouvrir spontanément à son expérience et à sa conception du monde et éventuellement entrer en relation avec lui. L’être humain doit pouvoir reconnaitre en soi l’écho d’un bruissement ineffable venu d’ailleurs, celui de la parole divine, celle qui ne s’inscrit pas dans la bipolarité universelle, une épiphanie de Dieu dans toute histoire humaine. L’homme peut ne pas se reconnaitre dans une collection de doctrines et d’interdits qui certes constituent des points de repères moraux indispensables, mais qui parfois se veulent porteuses de vérité. Par contre, on doit compter avec la puissance des Ecritures chrétiennes : celles-ci ne véhiculent pas un savoir, une information, un contenu intelligible ; elles sont destinées à montrer la complexité de la condition humaine et à stimuler le désir et l’amour dans une dynamique spirituelle libératrice. Et, par-dessus tout, les Ancien et Nouveau Testament racontent avec ampleur les Alliances que Dieu a conclues avec l’homme en dépit de ses fautes innombrables. C’est alors que l’on peut affirmer que la « résolution des dualités » n’est pas réalisable dans le terrestre mais dans le Dieu qui à tout instant accorde son pardon à la plus indigne de ses créatures. Le monde biblique fait partie du patrimoine chrétien. Depuis son enfance, le jeune chrétien doit apprendre à aimer ces valeureux personnages : Abraham, Jacob, Moïse, Isaïe, et à admirer ces grandes épopées : Mer rouge, désert et Terre promise, et à désirer que s’accomplissent en lui les mystères de l’Exode, de la Pâque et de l’Alliance. Ici ne s’arrête pas la grandeur du christianisme, Teilhard nous en fait part lorsqu’il nous parle du point Oméga. Les personnages, les mythes et les légendes font partie d’autres cultures spirituelles : hindouisme, bouddhisme, hébraïsme, islam ; il s’ensuit que, par résonance, l’identité chrétienne s’ouvre et s’enrichit de la différence. Le rythme de la pensée de Teilhard est essentiellement ternaire et il en découle que ce penseur aborde les réalités dans leur globalité, alors on est très loin de notre attachement aux contradictions et aux discordances qui s’étalent dans nos relations sociétales. Nous devons ne pas nous attacher uniquement à un discours binaire. La vérité se trouve toujours au-delà de toutes les formes. Elle est dans la profondeur intime du cœur, au-delà des mots, des idéologies et des dogmes. Là où la parole divine est prononcée se réalise le mystère de l’Être et la prière est le lieu spirituel par excellence où s’accomplit le dialogue de toutes les Écritures saintes en quelque nation où l’on soit. L’absolu de la vie n’est pas dans la loi mais au-delà de la loi. Il se trouve en Jésus dont le message est une fontaine où l’on puise l’eau vive et une source de libération. Ainsi le langage ternaire nous invite-t-il à l’Union Rédemptrice qui met en lumière la miséricorde divine.
.
     Certains rites anciens et certaines pratiques religieuses locales peuvent apparaître pour certains croyants totalement éloignées de ce qu’ils considèrent comme étant la vérité, leur vérité ! Mais il faut savoir que la vérité se situe bien au-delà de ce que l’on conçoit en priorité. Se plier en certaines circonstances à la pensée de l’autre, c’est entrer à postériori dans une logique qui paradoxalement nous élèvera vers plus de vérité. Voilà l’un des aspects de la logique ternaire, répondant à une exigence évangélique : « Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. » (Luc, 14 – 11)
     Un schisme dans l’Église catholique qu’évoque Odon Vallet, serait donc le résultat d’une
vision étriquée et obsolète de ce qui constitue la réalité chrétienne, celle qui transcende toutes
nos illusions et tous nos concepts.
 
                                                                                                              MARCEL  COMBY
 

Samedi 16 Mars 2019 09:37

Extrait du livre "LE PHÉNOMÈNE HUMAIN"


Marcel Comby - Quelques remarques sur la place et la part du Mal                     dans un monde en évolution
 (Le Phénomène Humain page 345)
     Dans son ouvrage de référence, Teilhard n’a pas cru bon de s’attarder sur le problème du Mal car il a voulu avant tout décrire l’ensemble des phases liées à un processus biologique d’hominisation. Le Mal serait donc la face négative de l’Evolution, autrement dit pour l’espèce humaine, l’ombre de l’être en devenir : désordre et insuccès, décomposition, solitude et angoisse, affres liés à l’enfantement, lumière et ténèbres, etc. Mais comme on le lit dans les Évangiles, l’ivraie est intimement enfouie dans le grain. Comme dans toute expérience scientifique, c’est à la frontière du réel qu’on doit se placer pour découvrir cette part de vérité qui nous interroge tous. Disons d’abord que notre vie terrestre est pour beaucoup un parcours initiatique.

Un ouvrage du philosophe Alexandre Jollien qui s’intitule : « Éloge de la faiblesse » est un récit autobiographique d’une vie singulière, étonnante, qui relate le cheminement de l’auteur, infirme moteur cérébral, qui, en raison de son handicap, était destiné à un destin banal mais qui se retrouve un beau jour à l’université. On peut y découvrir la très étonnante preuve d’adaptation de l’être humain et sa capacité à trouver un sens aux expériences de la vie, à la souffrance et à l’effort. En fait, l’auteur refuse toute forme de commisération et de pitié qui semblerait découler d’un sentiment authentique de charité chrétienne alors que l’exigence des autres voire leur mépris constitueraient à contrario un stimulant évident. Dans son expérience de la dissemblance d’avec l’autre et de ses expériences douloureuses mais toujours stimulantes, l’auteur invite à s’interroger sur la distinction entre le normal et l’anormal. Son questionnement renverse ce que nous croyons savoir et qui règle souvent nos comportements face à ce qui, dans l’étranger, ne nous ressemble pas. Selon Alexandre Jollien, la philosophie doit aider à progresser c’est-à-dire à découvrir au cœur de la faiblesse la grandeur de l’homme, savoir plus pour être plus, affirmait Teilhard. Qui ne connaît pas l’appel socratique du « Connais-toi toi-même » faite d’étonnement face à l’énigme humaine qui se transforme en émerveillement devant l’existence de soi-même et d’autrui ? Se pose alors le problème de la réussite qui est souvent conformisme face aux réalités ambiantes pas toujours sublimes ; la poursuite de la performance et l’attrait lâche du politiquement et socialement correct. Chaque expérience est positive, même la plus difficile ou la plus singulière. Comprendre au sens hébreu du terme signifiait « goûter » ou « faire l’expérience de », s’imprégner de sa propre histoire pour lui donner un sens. Les réalités humaines ne sont pas tranchées ; la vérité se trouve sans doute dans la nuance.
     Durant l’histoire de l’humanité, aucune société n’a réussi à imposer au monde un modèle idéal ; il n’existe pas non plus de démocratie idéale ni de comportement individuel absolument dépourvu d’imperfection. Le Bien et le Mal s’interpénètrent intimement pour constituer une réalité universelle qui s’organise autour de la liberté humaine et à laquelle aucun n’échappe. On peut cependant établir quelques points de repères sans tomber dans les travers manichéens qui apportent une explication caricaturale du monde. D’une manière générale et en guise de repères :

     Le Bien : rassemble, unit, apaise, crée, libère, épanouit, compose…
     Le Mal : divise, sépare, agite, détruit, enferme, désespère, décompose…

Mais, en fait, bien et mal occupent l’étendue d’un spectre de complexité où se font face des myriades de comportements souvent contradictoires où l’on ne distingue pas vraiment de frontière évidente entre ce qui nous parait blanc et ce qui nous parait noir. L’homme se trouve concerné, dans sa conscience, par cette dualité qui met en jeu son libre choix des décisions de chaque instant et son humilité devant ce qui constitue un Mystère. En fait, nous sommes affrontés à la vérité liée à ce mystère lorsque nous devons, dans les circonstances actuelles, faire la part de la justice et celle du pardon.
 
                                                                            MARCEL  COMBY

Samedi 16 Mars 2019 09:24

Chapitre : «LA TERRE FINALE » « La fin du monde est inimaginable »


Christiane LATRAICHE / CHAPITRE - "Le Phénomène Humain"
« La fin du monde est inimaginable »
Les écrits de TEILHARD de CHARDIN se retrouvent dans la bible qui nous parle de l’Apocalypse.
L’Apocalypse est exactement le contraire d’une catastrophe. Cette fin du monde a été annoncé de nombreuses fois dans la bible. JEAN évoque souvent un certain nombre de catastrophes. Les catastrophes que nous vivons semblent nous faire prendre conscience et nous rendre présent au monde dans lequel nous vivons. Ces prédictions sont à la mode. Nous vivons dans un monde ou le cinéma, les bandes dessinées, la télévision, représentent le mauvais de l’apocalypse et nous fait vivre dans la peur. JEAN nous dit dans ses écrits que nous ne sommes pas objets de nos peurs mais sujets : « je n’ai pas peur d’avoir peur. »
 

Le message de JEAN d’espérance est resté constant : « Tenez bon jusqu’à la fin et vivez selon le mode de vie que JESUS CHRIST a enseigné et appliqué sans perdre de vue la promesse de son retour et l’instauration d’un monde meilleur. »
Hubert REEVES et Albert JACQUARD nous annoncent une fin inéluctable.
La famine de 1033 qui a coïncidée avec les 100 ans de la mort du CHRIT, la comète de Haley, la guerre nucléaire … Tout cela pour nous rappeler la parole du CHRIST : « Nous ne connaissons ni le jour ni l’heure et aucun ange peut nous le révéler pas même le fils, seul DIEU peut le faire mais il est                      silence. »
L’Apocalypse nous révèle : lorsqu’ il ne reste plus rien il y a encore la vie.
Selon jean Yves LELOUP l’apocalypse a d’abord une fonction de guérison. « Du rien renaît la vie. »
L’Apocalypse nous révèle que l’avenir de l’homme c’est la métamorphose (la chenille qui devient papillon) au niveau personnel, mais aussi collectif et cosmique.
L’intelligence peut être au service de notre volonté de puissance, l’affectivité peut devenir jalouse, possession (côté sombre de l’apocalypse !) au contraire, elle est là pour nous aider à contempler ce qui est beau. Si celle-ci n’est plus orientée, elle conduit à la destruction.
La force de l’amour symbolisé par l’agneau dans l’apocalypse est à la fois vulnérable et invincible. Il ne répond pas par la violence. La parole du Christ : « ma vie on ne me la prend pas c’est moi qui la donne. »
L’Apocalypse est un texte de louange qui nous rappelle que nous sommes nés pour penser. Au delà de la science, de la philosophie, il y a l’amour. Pascal disait : « L’amour a vaincu la mort. » Nous devons à tout prix nous rapprocher de notre moi intérieur, de l’humain que nous sommes, ne pas déborder de notre droit de l’humain, au lieu du droit à l’humain. Comme le dit TEILHARD : « L’homme va se trouver toujours davantage face à face avec la religion. » En effet les scientifiques seront obligés dans leur recherche de tenir compte d’une spiritualité, la religion plaçant l’homme lui-même au centre de l’univers. Malgré les divergences de points de vue, la religion et les sciences semblent pourtant complémentaires. La religion pose la question du pourquoi de l’existence de l’homme (donner un sens à sa vie), les sciences posent la question du comment (expliquer à l’homme quelle est son existence et ce qu’il adviendra de lui ).
Cette question de fin du monde pose la question : A quoi bon vivre, à quoi bon aimer ? s’il n’y a rien ?
Sri CHINAMOY considère que cette soif d’aller de l’avant est une force spirituelle qui anime tous les grands progrès de la religion, de la culture, de la science et des sports pour arriver à un dépassement de soi même. Cette force nous est donnée par DIEU lui-même et que nous avons en chacun de nous.
TEILHARD nous invite à la réflexion, à nous recentrer sur nous même pour faire à nouveau entrer l’amour, s’ouvrir aux autres sans se laisser disperser par les informations de tous bords qui nous sont envoyés à travers les médias.    
Aimer c’est donner
L’essentiel est de faire les choses quand on doit les faire.
Le nirvana étant de voir la vie telle quelle est.         

Samedi 16 Mars 2019 09:14

« La terre Finale. » Décembre 2018


Christiane LATRAICHE / CHAPITRE - "Le Phénomène Humain"
TEILHARD nous dit « Exubérance d’activité interne par-dessous les nécessités matérielles de la vie, curiosité de rêveurs et d’inoccupés. »
Nous voyons à l’heure actuelle que « tout pour la production » ne marche plus.
Les générations actuelles sont très créatives, elles ont besoin d’entreprendre, de liberté. Avec internet qui les relie au monde, elles sont ouvertes à ce qui se passe, à l’accès aux médias. De nouveaux horizons leur donnent une force pour se battre et revendiquer de nouveaux privilèges. Elles recherchent le plus juste pour elles et leurs enfants, elles peuvent comparer avec se qui se passe dans d’autres pays. L’autorité n’est pas toujours synonyme de compétence et pourtant elle est indispensable. Elles recherchent une meilleure qualité de vie et l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle.

TEILHARD « La biologie si elle obéit à la logique de ses découvertes se voit conduite à reconnaitre dans l’assemblage des êtres pensants la forme actuellement terminale des constructions de l’évolution. » Il nous encourage à réfléchir où nous voulons aller. Ce que nous voulons laisser aux générations futures. Que ce soit la planète que nous devons protéger « la Vie avec un grand V. » Des questions importantes se posent par exemple, où va-t-on avec la PMA. Si celle-ci sort des barrières de la procréation médicale assistée. Elle devient un droit à l’enfant et non pas un droit de l’enfant. Allons-nous faire des enfants sans père ou sans mère ? N’allons-nous pas dans ces conditions contre la nature que l’on veut soi-disant tant protéger. N’allons-nous pas contre l’environnement et faire avec l’eugénisme une société de dégénérés qui ne sauront plus d’où ils viennent et où ils vont ?
« Ni dans son élan ni dans ses constructions, la science ne peut aller aux limites d’elle-même sans se colorer de mystique et se charger de foi. » D’où la nécessité de se rapprocher de la foi, c'est-à-dire de l’amour et du respect de l’autre.
TEILHARD nous dit : « l’Humanité devra réintégrer sous une forme renouvelée, des forces spirituelles dont elle prétendait se débarrasser. » L’amour est le moteur de l’union créatrice, ne pas confondre individualité et personnalité, nous devons avancer vers l’autre et entrainer le monde avec nous et non pas s’individualiser, l’union étant dans la nature de la personne. Il est des amours qui élèvent d’autres qui rabaissent. Dans la pensée juive l’être humain ne devient entier que dans sa relation à l’autre. Le désir de connaître Dieu passe par la relation entre l’homme et la femme. « L’amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. Ne serait-elle pas tout simplement dans son essence, l’attraction même exercée sur chaque élément conscient par le centre de l’univers ?  L’amour est en nous la trace consciente de l’action qui nous créée nous fusionnant, il est un facteur d’organisation, de construction réaliste et positiviste du monde. Il faudra bien qu’on se décide à reconnaitre en lui l’énergie fondamentale de la vie. »
« L’amour meurt au contact de l’impersonnel et de l’anonyme. »
L’amour doit évoluer tout au long de la vie. Le premier mot est « Pornéïa», le rapport de l’enfant à la mère. Ensuite : « Eros » (chez les grecs Eros est un Dieu) c’est celui qui met de l’intelligence dans la passion. « Eros » est l’amour de l’inférieur vers le supérieur, l’amour de la beauté, qui éveille les belles âmes. S’il n’y a pas d’Eros nous sommes dans la « Pornéïa », c'est-à-dire dans la consommation. Après Eros, il y a : « Philia», Je t’aime d’amitié, aimer l’autre en tant qu’autre, un amour d’échange, aider l’autre à aller vers le meilleur de lui même. Et puis l’amour : « Agapé », amour purement gratuit vers lequel nous pouvons tendre, le point « Oméga. »
Simone Weil disait :« Ne rien attendre en retour, avoir du plaisir à aimer pour rien. » C’est cela la grâce !!!
La conduite d’une vie est propre à chaque individu et relative à sa nature singulière.
La loi religieuse et la loi sociale sont indispensables pour nous aider dans notre cheminement, afin de dépasser l’imperfection humaine en réglant nos sentiments : par la raison et notre force intérieure afin de devenir libre et responsable.
Combien de fois la question est posée par les personnes en dehors de l’église :  Pourquoi les moines ?  Pourquoi les monastères ?  A quoi servent-ils ? ……….
L’enracinement dans le passé dont parle TEILHARD est important, ce sont nos racines. Quand tout bascule autour de nous il est bon d’avoir des fondements solides. L’Église a su évoluer tout en gardant ses fondements. La vie monastique est facilement associée au Moyen Age, une époque où elle avait un rôle important dans la société. Ce rôle a disparu et les religieux existent toujours. !!! Ce simple fait, indique que l’importance de la vie monastique se situe sur un autre plan que celui de l’action extérieure. Le monachisme se dédie à l’humilité plus qu’au prestige, au silence habité plus qu’à la prédication, au retrait plus qu’à la visibilité.
La vraie aventure de ces hommes et de ces femmes est avant tout, intérieure. Par la prière, le renoncement dans la foi, l’espérance, et l’amour, avec l’aide de Dieu lui-même, moines et moniales cherchent à ouvrir leur cœur, de plus en plus, à l’amour de Dieu et des Hommes.
La foi est à la base de ce choix de vie en retrait.
Un nouveau monde se propose à nous, nous devons aller de l’avant en nous servant du passé et faire confiance à la génération créative. Tout être dans ce monde est sur la pente qui monte de l’ombre vers la lumière.
Pour que le meilleur advienne, pour que quelle que chose de neuf, d’inconnu surgisse il faut que tout s’effondre. Le meilleur se passe sur un autre plan. L’apocalypse se traduit par accouchement, le réveil que l’on ne connait pas... Il dépend de notre faculté d’ouverture et d’écoute. La vie est là, avant et après nous. L’avenir dépend de la grâce qui est souveraine. On peut s’y préparer, s’ouvrir cependant elle recèle une part d’inattendu qui ne dépend pas de nous.
Après le temps des sciences, de l’analyse de la philosophie et de la théologie nous arrivons à l’amour de la beauté…
Message d’espérance de saint Augustin : « AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX.

Samedi 16 Mars 2019 09:08

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