Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre extrait du livre "Ecrits du Temps de la Guerre" proposé à notre réflexion pour notre réunion du 25/11/2016


Henri Guyot / FORMA CHRISTI
Décidément j'aurai eu beaucoup de difficultés avec la lecture des écrits du Temps de Guerre de Teilhard de Chardin. Tranquillement, avec moi, voulez-vous m'aider à essayer de comprendre pourquoi ?

Je dois me mettre d'abord personnellement en accusation : j'ai probablement une culture théologique insuffisante ! On m'a en outre souvent traité de matheux ce qui n'explique peut-être qu'imparfaitement ma vérité, mais ça m'a donné des complexes.
Ayant fait ce mea culpa, pourrait-on à son tour accuser le texte de Teilhard ? Sans doute, si on en reste à l'étude du chapitre Forma Christi. En effet, sur ce texte je m'interroge de plusieurs façons :

1° Sur un plan général ,
je ne peux moins faire qu'une critique d'ensemble. Comment en effet Teilhard peut-il recruter des sympathisants en utilisant une terminologie et un style semblables ? Voyons donc, par exemple, ce qu'il dit page 348 à 349.
« Il y a deux ascèses en présence, l'une de développement, l'autre de mortification. Deux phases à s'allier dans un équilibre souple et mobile.
-Tantôt sous la forme continue d'un effort pénétré de renoncement,
-Tantôt sous la forme alternante d'oscillations entre le jouir et le pâtir,
-Tantôt sous la forme dispersée " d'âmes particulièrement représentatives dont l'ensemble s'harmonise en un tout modéré, humain et progressif.
La deuxième phase, celle qui fait exulter l'homme dans son annihilation douloureuse in Christo, est la plus béatifiante des deux, celle qui imprime à l'âme la forme définitive de Jésus
".

En fin de chapitre on peut encore citer sa conclusion ou Teilhard dit en parlant de l'étonnant spectacle de notre monde où « un agrégat de monades non liées, non informées tient encore par les forces de la matière et de la vie terrestre ; mais au premier souffle de la mort cette poussière se dispersera ».

QUE FAUT-IL DONC COMPRENDRE ?

2° et in fine, on a un peu l'impression que Teilhard crée dans ce chapitre un Christ destiné à coller à ses théories spirituelles pas trop bien formées. Le montage peut paraître intéressant, satisfaisant intellectuellement, mais on peut parier que les évangélistes n'ont jamais pensé de cette façon pour nous parler du Christ.

D'une façon générale Teilhard cherche à se représenter l'influence christique en chacun de nous. Il s'agirait, dit-il, d'un courant synthétique descendant. Cela n'apparaît pas très clair, même s'il ajoute pour éclairer son discours : quand les poètes frémissent à l'approche d'une âme du monde, c'est Jésus qu'ils veulent en fait les uns les autres ». »Courant synthétique descendant » : je ne comprends pas. Quel rapport avec les poètes ?

Ces deux propositions ne m'apparaissent aucunement liées l'une à l'autre. De plus les poètes en question n'éprouvent-ils peut-être tout simplement qu'un réflexe conditionné tribal participant à un prosaïque instinct de survie, réflexe acquis progressivement depuis les temps immémoriaux analogues aux réflexes agglutinogènes d'un banc de poissons (ce n'est pas un appel de Jésus).

Cette présentation du Christ selon Teilhard m'apparaît de plus en plus comme un échafaudage de concepts religieux imprécis que l'auteur essaie d'assembler avec la colle d'un enseignement dogmatique sous-jacent. «Les exigences naturelles du cœur humain » sont pour moi un sage réflexe de survie,lentement formé au cours des millénaires. On n'a pas besoin d'un théâtre pan-cosmique pour expliquer ça.
Finalement pour moi l'apprentissage de Dieu est plus intime, plus personnel, plus mystérieux et assurément secrètement cosmique et non exclusif.

Enfin, si Teilhard est célèbre, ce n'est certainement pas à cause des théories ici exposées. S'il est connu et universellement reconnu, c'est parce qu'il est l'homme qui a su réconcilier science et religion, qui a dit que l'évolution est l'élévation de la conscience, que tout ce qui monte converge. C'est comme ça que nous avons appris Teilhard.

Alors peut-être bien faut-il maintenant découvrir l'évolution de la pensée de Teilhard à travers ses continuateurs. Ils sont nombreux. Je n'en citerai que deux qui s'expriment aujourd'hui à travers des livres récents.
Didier Raout : Dépasser Darwin (l'actualité sur l'évolution)
Joël de Rosnay : Je cherche à comprendre les codes cachés de la nature (très clairement teilhardien)

Teilhard montre le chemin : allons-y ! Mais il n'est pas nécessaire d'avaler sa pharmacopée indigeste.
 

Mardi 29 Novembre 2016 10:07