Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Marcel Comby


La logique ternaire : un don divin
La problématique de notre époque Pédophilie dans l'Église : "Il est probable que cela provoque un schisme" selon Odon Vallet
    
Nos relations avec les autres, telles que nous les vivons journellement,  nous poussent inexorablement  vers des échanges d’idées fortement articulées autour d’une logique binaire. Le manichéisme y est très souvent présent. Il s’agit de la logique du Tiers exclus, celle que j’ai justement utilisée abondamment dans mon enseignement des mathématiques en classes préparatoires scientifiques. Cette logique nous est naturellement imposée par notre condition humaine mais elle ne résout pas tous nos problèmes, en particulier ceux qui se rapportent à l’éthique et à la métaphysique.
     De nos jours, en raison d’une part des gigantesques découvertes technologiques et d’autre part des prises de conscience dans différents domaines liés au sexe et à l’identité de la personne, de nombreux clivages s’opèrent au sein de nos sociétés. Citons les principaux : les abus sexuels au sein de l’Église catholique, les tentations de vengeance parmi les victimes, La PMA et la GPA, l’option du mariage pour les prêtres catholiques, l’éventuelle possibilité d’ordination de personnes de sexe féminin, l’accueil par l’Eglise des divorcés – remariés, l’interruption volontaire de grossesse, les décisions du corps médical devant un malade en fin de vie, etc…Face à ces questions difficiles, l’Eglise catholique se doit de faire connaitre son opinion et généralement elle va se prononcer pour ou contre telle méthode d’action, ce qui entraîne des conflits parmi les populations. Se rappeler les circonstances en lien avec « le mariage pour tous ». Nous-mêmes sommes amenés à donner notre opinion sur tel sujet qui nous tient à cœur et la réponse sera généralement contenue dans un oui ou dans un non à telle ou telle procédure. Il faut spécifier à ce sujet que la souffrance des personnes concernées par telle ou telle difficulté physique ou morale existe bel et bien que ce soit dans le camp des pour que dans le camp des contre. Ce qui fait que de nombreux problèmes s’avèrent insolubles. Alors la question est la suivante : les prises de position de l’Eglise étant insuffisantes, quel est la dialectique à laquelle elle devrait se conformer et quel langage adopter dans telle ou telle circonstance ? C’est ici justement qu’intervient une autre forme de penser les choses fondée sur la logique ternaire.
     On peut penser à la devise républicaine bien connu de tous. En effet Liberté et Égalité sont sur le plan phénoménologique deux réalités contradictoires. Il n’y a qu’à se référer à l’Histoire: l’imposition de la justice entraine fatalement la privation de libertés (considérer l’ancienne Union Soviétique) tandis que l’usage systématique de la liberté entraine des injustices (voir nos systèmes capitalistes). Donc il en résulte que la Fraternité serait un troisième terme qui s’inscrit dans une logique ternaire mais il conviendrait de préciser ce qu’on entend par fraternité. On entre là dans un monde très vaste qui s’inscrit dans le politique, l’empathie, l’affectif, la solidarité, la morale et la religion mais aussi dans l’univers de l’infiniment complexe.

  1. Le phénomène chrétien
  Teilhard de Chardin (1881 – 1955) scientifique et jésuite esquissa, dans l’épilogue de son œuvre « Le Phénomène Humain » (pages 326 - 327) une phénoménologie de la réalité chrétienne et il déclara :
« Pour des raisons de commodité pratique, et aussi peut-être de timidité intellectuelle, la Cité de Dieu est trop souvent décrites dans les ouvrages pieux en termes conventionnels et purement moraux. Dieu et le Monde qu’il gouverne : une vaste association d’essence juridique, conçue à la manière d’une famille ou d’un gouvernement. Tout autre est la perspective de fond à laquelle s’alimente et dont jaillit depuis les origines la sève chrétienne…
Créer, achever et purifier le Monde, lisons-nous déjà dans Paul et Jean, c’est l’unifier en l’unifiant organiquement à soi…
Et alors, nous dit Saint Paul, il n’y aura plus que Dieu, tout en tous…
L’Univers s’achevant dans une synthèse de centres, en conformité parfaite avec les lois de l’Union. Dieu, Centre des centres. Dans cette vision finale culmine le dogme chrétien ».
 
     Le mot « organique » est pris ici dans un sens symbolique qui nous ramène à la structure de ce qui est essentiellement le vivant organisé dans toute sa complexité et non à une simple idéologie contraignante. On est là plongé dans les questions liées au relationnel et à la finalité de l’espèce humaine qui se résume dans la convergence en la personne du Christ.  En outre, Teilhard, dont la pensée s’exprime habituellement selon un rythme ternaire, montre trois phases qui mènent à l’accomplissement de la personne humaine.
 
  • Etre tout soi-même sans être plus que soi-même.                               – centration
  • Désirer entrer en relation avec vers les autres                                     - décentration
  • Découvrir le bonheur en s’immergeant dans un plus grand que soit  -surcentration
      L’organique, dans une vision globale de l’Univers et de sa relation au divin, fait donc appel au ternaire qui entre aussi bien dans la logique de la pensée que dans le mouvement en physique et dans les mécanismes de la vie en biologie. Cette réalité, qui s’oppose au binaire bien connu caractérisant les multiples épisodes de notre condition humaine, a sans doute une origine métaphysique dans une vue globale de l’unité de l’être. C’est ainsi qu’on peut distinguer dans l’ensemble des mondes créés trois constantes : naissance – évolution – destruction.
 
Quelle est donc l’origine de cette trilogie ?
     Sans doute d’abord une origine biblique. Je cite donc des propos du Père Razvan Andrei Ionescu extraits de son ouvrage : Théologie orthodoxe et science (page 117)
« Les deux dogmes fondamentaux du christianisme  sont : le dogme de la Trinité ; Dieu est Un par son essence et Trois comme Personnes et le dogme de l’incarnation : le Christ est vrai Dieu et vrai homme. Sophrony  (moine et théologien orthodoxe) affirme que l’antinomie première du dogme de la Trinité réside dans le fait que l’Hypostasis  (la Personne) et l’Essence sont absolument identiques et en même temps totalement différentes. La Trinité implique une rationalité entre les trois Personnes, lesquelles portent chacune pleinement l’Être, réalisées pleinement par le dialogue et l’amour. Le concept de Trinité nous  dit que la logique binaire cesse pour faire place à une logique ternaire. Le Moi, dans la Sainte Trinité  n’implique pas le non – Moi comme alter ego mais deux autres comme Personnes de dialogue. La logique courante cesse en faisant place à une logique symbolique : trois flammes identiques mises ensemble n’en forment qu’une seule, mais sans perdre leur identité. La « résolution » des antinomies suppose la construction d’une perspective élargie, réalisable par un mode ascensionnel. Dieu se livre à l’être humain et celui-ci, en participant, comprend.  Comprendre, c’est acquérir graduellement la perspective de Dieu sur les choses, entrer dans la pensée de Dieu par un changement d’attitude. C’est pourquoi les dogmes ne sont pas accessibles par une lecture répétitive  tiède sans l’engagement d’un vécu.
Étymologiquement, le mot dogme signifie : « redresseur de vie » un point de repère essentiel sur le chemin de la croissance vers la vie éternelle. »
  1. Point de vue épistémologique  
     Il se trouve que le philosophe d’origine roumaine Stephen Lupasco (1900 – 1988) soit l'auteur de la Logique dynamique du contradictoire, fondée notamment sur la notion de Tiers inclus. Les récentes découvertes du XXe siècle en physique quantique nous  ouvrent justement vers un monde étrange qui n’est pas sans enrichir nos façons de penser grâce à une sorte de don de la Nature et plus précisément un don du Créateur qui fait exploser notre rigidité cognitive sur les choses de ce monde. L’idée maitresse de Lupasco entre dans le cadre d’une pensée en mouvement qui peut rejoindre celle de Teilhard de Chardin fondant sa théorie de l’Évolution sur le ternaire, la complexité et l’ouverture sur l’universel.
 
     J’en viens maintenant à mon enseignement des mathématiques Cette transmission de ce genre de connaissances ne se réduit pas en fait à de l’analyse numérique : résolutions d’équations et représentations graphiques, statistiques et probabilités, calcul différentiel et intégral. Elle montre comment bâtir, à l’aide de la logique rationnelle, des structures cohérentes ayant un sens et une finalité donc une fonction d’archétype. Je pense bien sûr à la dualité, thème redouté des étudiants en raison de son abstraction. Le schéma de la dualité fait apparaitre deux espaces en interdépendance l’un avec l’autre mais au sein desquels existent deux modalités de conception qui s’opposent l’une à l’autre. Dans l’un des espaces on compose des éléments non nécessairement numériques et dans l’autre espace on décompose au contraire suivant des éléments numériques. Pour être plus clair, imaginez que vous allez chez le fleuriste pour acheter un bouquet. Vous vous trouvez devant deux manières de raisonner : soit vous choisissez des fleurs selon vos goûts sans vous soucier de leur prix, soit vous les choisissez en fonction d’une somme à ne pas dépasser. On est là en présence de deux archétypes ou prototypes d’ensembles symboliques : la synthèse et l’analyse. Je précise alors que tout ce qui est immanent est soumis à dualité d’où l’existence sur notre Terre d’une logique essentiellement binaire dans l’expression de notre langage.
     Je me propose de recourir maintenant à d’autres modèles mathématiques et de faire appel à une science très abstraite ; la topologie qui en gros étudie essentiellement la position des objets les uns par rapport aux autres. A la base de la théorie, on définit des axiomes qui portent sur des espaces appelés respectivement ouverts et fermés. Normalement pour tout être humain logiquement constitué, ouvert est le contraire de fermé. Il est possible alors dans certaines manipulations topologiques et avec de bons axiomes de construire logiquement un système absolument cohérent qui contienne un ou plusieurs espaces qui soit à la fois ouverts et fermés. Dans ce cas exceptionnel, on a effectué une « résolution de la dualité »  Comment est-ce possible ? Simplement parce que l’on a, dans un nouveau système, changé de niveau de réalité. Nous entrons ici dans le cadre de la transdisciplinarité et celui de la métaphysique si l’on est croyant. La transdisciplinarité est née d’un besoin d’établir des liens entre différents domaines du savoir. En particulier, elle fut influencée par les découvertes en mécanique quantique qui remettent en question les concepts fondamentaux tels que la continuité, la causalité locale, le déterminisme et l’objectivité. En outre on apprend qu’il n’existe pas dans l’Univers qu’un seul niveau de réalité et on en arrive à la métaphysique dont l’importance ici est fondamentale. Dans une perspective transdisciplinaire, tout semble connecté et il existe trois piliers de compréhension : la complexité, les différents niveaux de réalité et la logique du tiers inclus (Nicolescu 1966)
  • La complexité, de complecti, contenir dans le sens de réunir plusieurs éléments différents, de tisser ensemble. Etat situé entre le chaos et l’organisation rationnelle. La complexité caractérise l’organique tandis que la complication se rapporte au mécanique. Elle entre dans la problématique de l’organisation.
  • La reconnaissance des différents niveaux de réalité conduit à rechercher des relations entre du semblable et du différent. A mes étudiants j’étais amené à leur montrer l’importance de ce qu’on désignait sous le terme d’isomorphisme.
  • L’axiome du tiers inclus se formule ainsi : A tout terme A il existe un terme T qui est à la fois A et non A. Ce terme T est naturellement dans un autre niveau de réalité que le terme A. Ainsi ce qui est contradictoire à un certain niveau ne l’ai plus à un niveau différent. C’est le principe d’unification des contraires.
Comme exemple d’unification des contraires, parlons du temps. Dans notre macrocosme, le temps s’écoule de façon linéaire. La flèche du temps est caractérisée par l’irréversibilité temporelle. Il en est tout autrement au niveau quantique où il existe une invariance temporelle. Un film se déroulant en sens inverse produit dans la plupart des cas les mêmes images que lorsqu’ il se déroule en sens direct.
  1. Le ternaire dans nos vies  
     A la suite des événements qui concernent le Monde catholique depuis un certain temps, certains chrétiens peuvent ressentir un profond malaise dans la récitation du Credo lorsqu’il s’agit de reconnaitre que l’Eglise est une, catholique et apostolique. En fait le mot Église se rapporte à trois réalités distinctes et superposées. L’Eglise fondée par le Christ représente une réalité universelle au sein de laquelle tout homme peut réaliser son accomplissement. C’est là que nous entrons dans le ternaire car cette réalisation se situe au-delà des choses terrestres mais plutôt dans ce qui constitue l’essentiel du christianisme : le Pardon.
 
     La logique ternaire peut s’appliquer dans le domaine du psychique lorsque des personnes en souffrance aspireraient à un apaisement ou à une vie meilleure. Je fais donc référence ici à des réalités telles que le désir, l’échec, le péché, l’espoir et la résilience où la présence et l’influence des autres est fondamentale. Comme l’aurait dit Teilhard, les êtres humains sont des « êtres en devenir et des êtres inaccomplis » et l’espoir fait partie intégrante de leur nature. C’est alors qu’intervient la conscience dans une optique de critique, de mouvement, de plus être et d’ouverture. D’où l’importance de la relation aux autres et des contingences physiques, morales, économiques, professionnelles, culturelles et spirituelles. C’est alors que le désespoir est éloignement de soi. Dans le processus de conscientisation, il est question de mouvement allant d’un état de conscience dit non éveillé vers une conscience de plus en plus critique, ce qui correspond aux exigences de la logique ternaire. L’homme se trouve en quelque sorte de plus en plus présent à soi-même ce qui est à la fois facteur d’épanouissement  et facteur de dynamisme en direction de la Vie, de la Terre finale pour reprendre les mots de Teilhard. Dès l’enfance, nous passons par des phases de contradictions en raison du caractère dual des choses de ce monde terrestres et nous sommes dominés aussi soit par notre égo soit par l’influence de nos semblables. Il se peut qu’un jour notre esprit découvre la vérité sur nous-mêmes et que notre existence s’en trouve enrichie. Nous accédons à un autre niveau de réalité ce qui rend caduque l’état antérieur de décisions contradictoires : Ai-je bien fait ? Ai-je mal fait ? Au bout d’un pénible cheminement me voilà libéré car ma conscience critique m’a finalement poussé vers plus de pardon pour moi-même, plus de paix intérieure et plus d’amour pour les autres, miracle de la résilience.
 
     Dans l’évangile de Marc (10, 7-8) il est écrit : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. » Le féminin désigne symboliquement l’aspiration de l’homme à la transcendance. La femme est plus liée plus que l’homme à l’âme du Monde et aux forces fondamentales d’où jaillit l’amour. Ce sont, nous disent les textes bibliques, les porteuses d’aromates. Teilhard, dans l’Éternel féminin, nous la décrit comme la plus grande force cosmique, la trace de l’axe de la Vie. Chez Jung, il s’agit d’un aspect de l’inconscient qu’il nomme anima où se trouvent concentrées toutes les tendances féminines de la psyché. Dans la poésie islamique, il s’agit de la beauté divine Le monde de la métaphysique est essentiellement lié au ternaire car l’accomplissement de soi et la participation au mystère divin sont absolument étrangère à une logique purement humaine. D’ailleurs le ternaire se retrouve en toutes choses. Dans le langage on doit distinguer trois éléments : le sujet, le verbe et le complément. Au niveau du Divin, nous trouvons la Trinité et à un niveau intermédiaire, celui de l’homme, il existe trois réalités : le corps, l’esprit et l’âme, correspondant respectivement au matériel, au rationnel et au spirituel. Le ternaire traduit aussi bien la dialectique dans l’exercice logique de la pensée que le mouvement en physique et la vie en biologie. La raison fondamentale de ce phénomène universel est sans doute à chercher dans une certaine métaphysique de l’être qui comprendrait trois étapes : apparition, évolution et disparition.
 
     Il faut s’interroger sur la manière qu’ont les caractéristiques de ternaire de s’actualiser dans toute vie sociale bien comprise : façons d’être, de voir et d’agir, compte tenu des rigidités propres à la nature de l’homme quelles que soient l’époque et les circonstances.
On ne peut imposer aux autres, dans le champ de la spiritualité, ce que l’on croit bon. La position de l’Église est formulée à partir de deux références éthiques fondamentales : la dignité de l’embryon, qui doit être respecté comme une personne, et la dignité de la procréation qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l’acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints. Dans cet exemple nous sommes immergés dans un contexte qui porte sur la culture, la  biologie, la médecine, la morale, la métaphysique et enfin les exigences d’ordre religieux. En fait, le problème est de savoir, dans la logique ternaire où se situe, non un élément singulier précis, mais un certain  horizon supérieur.  Pour un croyant, la procréation est un événement qui a lieu à la fois dans le temporel et la métaphysique qui sont des réalités de niveau bien distincts. On doit donc s’engager à adopter un langage ternaire et non s’en tenir à la binarité traditionnelle, celle qui condamne. Tout ce qui monte converge nous dit Teilhard. Moyennant quoi l’horizon se trouve dans l’intelligence et la capacité de l’homme à s’approcher de la vérité et d’exercer ses responsabilités. Savoir plus afin de pouvoir plus afin d’être plus nous dit encore Teilhard. Cela pose le vaste problème de notre vie intérieure qui doit se nourrir de savoir.
     Je pense à une spiritualité qui se fonde sur une logique ternaire fondée sur le fait que la réalité divine ne peut être contenue dans aucune formule. La réalité de notre vie se présente sous la forme d’une triade composée de deux éléments antagonistes connus et d’une transcendance cachée. Comment doivent alors intervenir dans la vie de l’homme des instances religieuses ? Certes par le dialogue ! Reconnaitre et aimer l’autre dans sa différence, s’ouvrir spontanément à son expérience et à sa conception du monde et éventuellement entrer en relation avec lui. L’être humain doit pouvoir reconnaitre en soi l’écho d’un bruissement ineffable venu d’ailleurs, celui de la parole divine, celle qui ne s’inscrit pas dans la bipolarité universelle, une épiphanie de Dieu dans toute histoire humaine. L’homme peut ne pas se reconnaitre dans une collection de doctrines et d’interdits qui certes constituent des points de repères moraux indispensables, mais qui parfois se veulent porteuses de vérité. Par contre, on doit compter avec la puissance des Ecritures chrétiennes : celles-ci ne véhiculent pas un savoir, une information, un contenu intelligible ; elles sont destinées à montrer la complexité de la condition humaine et à stimuler le désir et l’amour dans une dynamique spirituelle libératrice. Et, par-dessus tout, les Ancien et Nouveau Testament racontent avec ampleur les Alliances que Dieu a conclues avec l’homme en dépit de ses fautes innombrables. C’est alors que l’on peut affirmer que la « résolution des dualités » n’est pas réalisable dans le terrestre mais dans le Dieu qui à tout instant accorde son pardon à la plus indigne de ses créatures. Le monde biblique fait partie du patrimoine chrétien. Depuis son enfance, le jeune chrétien doit apprendre à aimer ces valeureux personnages : Abraham, Jacob, Moïse, Isaïe, et à admirer ces grandes épopées : Mer rouge, désert et Terre promise, et à désirer que s’accomplissent en lui les mystères de l’Exode, de la Pâque et de l’Alliance. Ici ne s’arrête pas la grandeur du christianisme, Teilhard nous en fait part lorsqu’il nous parle du point Oméga. Les personnages, les mythes et les légendes font partie d’autres cultures spirituelles : hindouisme, bouddhisme, hébraïsme, islam ; il s’ensuit que, par résonance, l’identité chrétienne s’ouvre et s’enrichit de la différence. Le rythme de la pensée de Teilhard est essentiellement ternaire et il en découle que ce penseur aborde les réalités dans leur globalité, alors on est très loin de notre attachement aux contradictions et aux discordances qui s’étalent dans nos relations sociétales. Nous devons ne pas nous attacher uniquement à un discours binaire. La vérité se trouve toujours au-delà de toutes les formes. Elle est dans la profondeur intime du cœur, au-delà des mots, des idéologies et des dogmes. Là où la parole divine est prononcée se réalise le mystère de l’Être et la prière est le lieu spirituel par excellence où s’accomplit le dialogue de toutes les Écritures saintes en quelque nation où l’on soit. L’absolu de la vie n’est pas dans la loi mais au-delà de la loi. Il se trouve en Jésus dont le message est une fontaine où l’on puise l’eau vive et une source de libération. Ainsi le langage ternaire nous invite-t-il à l’Union Rédemptrice qui met en lumière la miséricorde divine.
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     Certains rites anciens et certaines pratiques religieuses locales peuvent apparaître pour certains croyants totalement éloignées de ce qu’ils considèrent comme étant la vérité, leur vérité ! Mais il faut savoir que la vérité se situe bien au-delà de ce que l’on conçoit en priorité. Se plier en certaines circonstances à la pensée de l’autre, c’est entrer à postériori dans une logique qui paradoxalement nous élèvera vers plus de vérité. Voilà l’un des aspects de la logique ternaire, répondant à une exigence évangélique : « Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. » (Luc, 14 – 11)
     Un schisme dans l’Église catholique qu’évoque Odon Vallet, serait donc le résultat d’une
vision étriquée et obsolète de ce qui constitue la réalité chrétienne, celle qui transcende toutes
nos illusions et tous nos concepts.
 
                                                                                                              MARCEL  COMBY
 

Samedi 16 Mars 2019 09:37