Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Écrits du temps de la guerre (Pages 303 à 329)
Réflexion pour le 28/10/2016


Marcel COMBY /  LA FOI QUI OPERE
Ce titre annonce ce que la relation de Dieu à l’homme possède de ce qu’il y a de plus authentique et de plus conforme à la théorie de l’évolution telle que l’expose Teilhard de Chardin. La notion de foi se comprend, non plus dans un cadre moral et juridique qui ne fait apparaitre que la foi de peur ou la foi de circonstance ou de tradition, mais dans une relation organique entre l’être humain et son Créateur. La foi n’est pas qu’une idéation d’une transcendance, ni un vague sentiment d’approbation vis-à-vis d’une vérité supra naturelle ; pour Teilhard, c’est beaucoup plus que cela. Bien que le terme de pouvoir ait un caractère d’ambigüité, nous lisons, page 319, que Jésus est venu nous apporter, non seulement une vérité nouvelle, mais un pouvoir physique nouveau d’agir sur notre Monde temporel. Ce n’est donc pas une foi passive mais une foi qui opère. Il existe par conséquent une certaine intelligence de la foi qui rend l’homme plus conscient de sa place dans le mystère chrétien.

D’abord Teilhard nous précise que, pour Dieu, chaque être est unique ; ce qui lui fait dire qu’il y a autant de Providences indépendantes que d’âmes. En fait, il existe une multitude de croyances et de croyants et réciproquement, la foi est un don de Dieu accordée suivant une multitude de formes. Dieu sépare et rassemble (L’Union Créatrice). En outre, cette « polyvalence cosmique » ne modifie en rien le contour des choses mais lui attribue un sens particulier. D’où le devoir de tolérance que nous devons éduquer en nous face à des personnes dont la spiritualité nous surprend. D’où le devoir d’optimisme face au hasard qui, parfois, nous questionne car nous ignorons que Dieu agit dans le déroulement des événements. Lors d’une époque de trouble intérieur, je me suis entendu dire par un ami prêtre : « Vous ne priez pas assez ! » Or il se trouve que c’est longtemps après cet épisode que Dieu intervint en moi lors d’un autre épisode bien différent du précédent. Autrement dit, l’action divine n’est pas de l’ordre du déterminisme mais de la co-extensivité de cette action supra naturelle avec le déroulement de la vie de chacun.
La foi ne rompt pas les liens mauvais contractés irréparablement dans le passé. Elle les intègre seulement dans un ordre plus élevé. Elle les force à servir au bien. Elle les transforme. Elle les absorbe. ]b
De plus la théorie de l’évolution ne s’avère pas représenter un continuum dans le développement de soi et la sanctification. A tout moment peut arriver la chute ou une certaine forme de mort, mais à tout moment peut se montrer une embellie soit la présence de la Vie. La foi est l’assurance des choses, une confiance qui rend plus fort, une certitude qui rassure. Teilhard nous parle alors de réussite chrétienne .

Ainsi Teilhard évoque la puissance de la prière qui ne rompt aucun déterminisme, mais qui intègre les événements de notre vie dans un certain ensemble qui combine harmonieusement ces événements et le milieu divin. Teilhard précise là que cette combinaison ne présuppose pas l’apparition du succès humain. Il précise à cet égard que l’Agent principal de cette métamorphose est Dieu essentiellement. En fait, nos pensées et nos actes ont un rôle secondaire dans le processus de sanctification.
Notre monde est inachevé, imparfait dirons certains. Alors que nous croyons nous être élevés spirituellement, nous pensons qu’il serait bon de nous tourner vers d’autres qui nous ressemblent. La vérité est que nous devons plutôt épouser ce monde ce qui n’est pas notre vérité à nous. L’expérience de la foi n’est donc pas liée à nos illusions terrestres. Par rapport au sens commun, Saint Paul propose une révolution copernicienne. Il nous dit qu’un apôtre fait l’inverse de ce que l’on croit généralement ; il va vers les personnes de l’extérieur et c’est lui qui s’adapte à elles, et il le fait non pour les ramener à l’intérieur mais pour les libérer. Paul se fait tout à tous, il se fait comme juif avec les juifs, il se fait religieux avec les pratiquants et libéral avec les libéraux, il se montre faible, il se reconnaît faible parmi les faibles plutôt que de faire le fort, celui qui détient la vérité et qui va nous l’apprendre, celui qui serait infaillible. Cette attitude ne signifie pas qu’il faut copier l’autre et se fondre dans une conscience collective devenue amorphe. Teilhard dit : croyons énergiquement en notre puissance au nom du Christ, et nous verrons devant nous ployer docilement les chances vagabondes. Croyons, et la sève dangereuse du Monde, loin de nous être un poison, nourrira notre âme pour la vie éternelle.

Cette puissance cosmique est loin de revêtir des aspects magiques. La réponse de Dieu à nos demandes s’exerce essentiellement à travers notre être : Aide- toi, le ciel t’aidera !

Dans un Univers de type évolutif, la foi qui opère exige de l’homme des attitudes dictées par une profonde exigence, mais en contrepartie, elle se trouve à la base d’expériences lumineuses car la vision de foi accompagne l’action de foi. Corps et Esprit sont unis dans la perception d’une Réalité plus vraie et plus tangible. Mais cela suppose de la part de nous volonté et engagement. Dans son action, le Croyant éprouve le double bonheur d’agir efficacement sur un Monde plastique en pleine croissance, et de se reposer dans la vaste sécurité de l’Absolu ; il communie universellement avec Dieu dont il capte le pouvoir et intensifie autour de lui la Présence. A ce sujet, Teilhard ouvre la porte aux audacieux !
Cette audace de la foi qui opère n’est pas la vertu première de nos contemporains.

En 1986, à Marseille, un certain Père Jean Baptiste Rinaudo, ancien prête ouvrier et biophysicien avait entrepris la création d’un réseau international en relation avec le grave problème de l’incroyance. Ce réseau avait reçu l’approbation romaine du Cardinal Poupard.

En ce début de siècle, il se trouve que la proportion du nombre de membres du réseau par rapport à la population chrétienne mondiale n’est que de 0, 0002 % Par rapport à la population mondiale, la proportion s’élève à seulement : 0, 00003 % C’est dire combien est précieuse cette pensée de Benoit XVI, prophète paradoxal d’une Eglise minoritaire : « L’avenir appartient aux minorités créatrices ! » ainsi que celle de Teilhard :
" Au vainqueur courageux de la lutte contre les fausses solidités, les fausses puissances, et les fausses attractions du Passé, il est réservé d’atteindre à cette forte et béatifiante expérience que « plus nous perdons pied dans l’avenir mouvant et obscur, plus nous pénétrons en Dieu ».
 

Dimanche 2 Octobre 2016 11:30