Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Marcel Comby. De la mythologie à la vision teilhardienne
1-Le contenu général des mythes

     Associer la mythologie à l’apologétique teilhardienne constitue sans doute une gageure, mais, compte tenu de l’immense complexité du réel et de la profondeur de tout ce qui constitue le tissu humain en matière spirituelle, il n’est pas inutile de faire appel à tout ce qui se rapporte à l’histoire de l’humanité.
     Dans la plus connue des mythologies, celle concernant la Grèce antique, les figures les plus significatives représentent chacune une fonction de la psyché et les relations entre elles décrivent une dramaturgie de la vie intérieure de tout être humain. Nous y découvrons en particulier l’harmonie des désirs et le refoulement, l’amour et la haine, les réussites et les échecs, etc. Le protagoniste de cette dramaturgie est le héros et les situations conflictuelles de la psyché humaine ont lieu à travers des combats contre des monstres redoutables tels que le dragon. Les vérités que l’on sait extraire de ces étranges récits symboliques et poétiques sont exprimées en termes de victoire ou de défaite de tel ou tel héros dans son combat contre tel ou tel monstre dont la signification est très particulière. Telle est l’intelligence des mythes qui peut représenter, soit la vie de l’esprit, soit d’autres situations telles que la vie passée des peuples et leur histoire rejouée symboliquement par la présence des dieux et de leurs aventures.  

2. Leur valeur symbolique

     Pour Platon, ces récits mythologiques qui s’offrent à notre regard critique, était une façon de traduire ce qui relève de l’opinion et non de la certitude scientifique ou de la morale. Ces récits de combats ou de bonheur dans la plénitude, quelles que soient les méthodes d’interprétation, nous aident à percevoir une dimension de la réalité humaine. Celle-ci nous est ainsi dévoilée grâce à la puissance de l’imagination. Il n’est pas question de fournir le vrai de la science mais plutôt d’exprimer le contenu de certaines perceptions qui, justement, ne peut être obtenu par le travail de notre conscience rationnelle. En ce sens, nous nous trouvons à un autre niveau de la réalité. Celui que Teilhard de Chardin a désigné sous le vocable : Esprit de la Terre. (Ecrits du temps de la guerre, page 217) Teilhard avait l’intuition de l’unité de l’Univers et d’une unité qui n’est pas achevée mais en train de se faire. Mais pour lui, il n’y avait pas d’unité véritable sans principe d’unité que l’on peut appeler : âme.
     Les mythes ne sont pas de simples scénarios à effets spéciaux destinés à nourrir notre goût pour la science-fiction ou le romanesque. Ce sont de pures aventures métaphysiques.
La mythologie comparée a longtemps tâtonné entre des interprétations psychologiques arbitraires et le récit récréatif de certaines curiosités littéraires produites par certaines civilisations. Mais on s’est aperçu récemment que tous les mythes de la planète sont tout simplement apparentés. Apparues en Afrique il y a plus de 70000 ans, l’histoire des déluges se retrouve un peu partout sur les terres émergées. De même, le mythe d’Orphée possède un lointain cousin chez les Iroquois. Certaines cosmogonies très éloignées dans l’espace et dans le temps découlent en fait d’une même saga originelle, ce qui engagent les historiens à s’ouvrir sur le mystère de la nature humaine et sur l’universalité dans l’organisation du monde de l’esprit. Ainsi les mythes, contrairement aux productions philosophiques ou scientifiques, permettent plusieurs niveaux de lecture tout comme les contes de fées ou les paraboles évangéliques. Nous sommes pour ainsi dire plongés dans le ternaire et le message diffusé est celui de la Sagesse ! Dans l’Odyssée, Ulysse participe à la guerre de Troie mais, dans sa condition, il revit l’harmonie à Ithaque. Il retrouve sa place dans l’univers auprès de Pénélope, ayant refusé l’immortalité que lui offrit la nymphe Calypso et devient un fragment d’éternité. A ce stade, la mythologie représente une doctrine de salut voire d’espérance.
 
     Ni la psychologie traditionnelle ni la science ne sont les sujets de la mythologie. Lorsque Zeus s’accouple à des mortelles, c’est avant tout pour engendrer des créatures humaines ayant pour mission de rétablir l’ordre dans l’univers. Contrairement à nos séries télévisuelles qui opposent toujours les bons et les méchants, les mythologies posent la question du sens de la vie donc celui de ce que représente pour Teilhard, l’Âme du monde.
 

3. La place du mythe dans la recherche psychosociologique

      Les travaux de recherche sur la mythologie ont mobilisé anthropologues, linguistes, psychanalystes, etc. En effet, la récurrence des récits mythiques à travers les différentes cultures soulève des interrogations intéressantes. D’ailleurs la mythologie comparée exige des chercheurs une étude rigoureuse de nombreuses langues et dialectes. Comme il est question de psychologie et même de psychanalyse, on doit citer en premier chef l’œuvre de Carl Gustav Jung qui étudie les problèmes liés à la psyché et à l’inconscient. Celui-ci considère l’imaginaire humain structuré par une série « d’images primordiales » inconscientes ayant un caractère universel et qu’il nomme « archétypes ». Il s’agit comme d’un modèle de comportement qui s’inscrit dans un contexte d’organisation cosmique. Pour Jung, les mythes expriment symboliquement la mémoire collective de ces archétypes auquel l’individu n’a pas accès par sa conscience. La mythologie apparait donc comme une forme de langage. Elle montre à ce titre une similitude dans la représentation du divin de peuples éloignés les uns des autres dans l’espace et le temps. Certains historiens ont formulé l’hypothèse d’un héritage commun associé à une conception hiérarchisée du monde présente chez les premiers Indo-Européens. Cela expliquerait les ressemblances entre les brahmanes indiens et les druides celtes.
     Cependant les travaux de Dumézil et de Lévy - Strauss montrent que la question de l’universalisme n’est pas aussi simple qu’on pourrait le prétendre. Il reste beaucoup de points d’interrogation sur les origines de l’espèce humaine et sur le rôle joué par les relations sociales et culturelles entre les individus de telle ou telle civilisation.
     De ce postulat de l’universalisme relatif à la structure de la psyché, nait le « structuralisme » auquel participent entre autres chercheurs Jacques Lacan et Roland Barthes. L’analyse linguistique des mythes doit permettre de dévoiler les structures inconscientes de tous rapports sociaux. La mythologie crée des lois structurantes en agençant des événements historiques en un récit alors que la science, par ses expériences, crée des événements pour expliciter les lois naturelles. Mais cette vision du mythe ne fait pas l’unanimité. Selon René Girard, chez Lévy – Strauss, « Rien ne manque à l’exception de l’essentiel ! » Tout ne peut s’expliquer par des systèmes linguistiques comme l’eût pensé d’ailleurs Teilhard de Chardin. On oublie tout simplement l’existence et l’influence du « sacré » et l’on sait que toute sacralité nait dans le sang du sacrifice. René Girard attribue au mythe la fonction idéologique de légitimer le sacrifice et de dissimuler la violence fondatrice. Le rite prend alors le pas sur le mythe.

4. Le retour du religieux

      Le succès de l’anthropologie structurale coïncide étrangement avec la vague de sécularisation des années 1960 et 1970 avec, en particulier, l’impressionnante hémorragie des personnels dans le clergé. Lévy – Strauss a participé à ce mouvement en intégrant la religion dans un système plus vaste d’organisation linguistique du réel. Girard, à l’inverse, a désiré remettre la religion au cœur des préoccupations, et, en tant que catholique fervent, n’a pas caché ses convictions religieuses personnelles. En fait, le structuralisme, qui prônait une philosophie marxisante, est allé en s’effritant et le rite est redevenu le pendant du mythe, là ou Lévy – Strauss l’avait mis en retrait. La relation entre mythe et rite demeura toutefois un sujet de polémique entre chercheurs. Il est loin le jour où la pensée de Teilhard (1881 -1955) a désiré venir à bout d’un certain désenchantement du monde et d’un abandon de thèmes métaphysiques se rapportant à la Création et à l’Evolution. L’œuvre de cet homme, en avance sur son temps, ne fut publiée qu’après sa mort.
 
     Frédéric Lenoir, philosophe et historien, nous parle de huit sages venus de différents coins de la planète qui se retrouvèrent réunis dans le monastère perdu de Toulanka, en plein cœur du Tibet, dans le but de donner à deux adolescents les clés de la Sagesse universelle. IL S’agissait d’une femme chamane, d’une philosophe européenne, d’une mystique hindoue, d’un maître taoïste chinois, d’un rabbin kabbaliste, d’un moine chrétien, d’un maître soufi musulman et d’un moine bouddhiste. Ensemble ils durent dépasser leurs divergences culturelles et historiques puis s’appuyer uniquement sur leur expérience personnelle afin de transmettre ce qu’ils appelleront une quintessence de l’Âme du monde, à savoir une force bienveillante qui maintient l’harmonie de l’Univers. Nous sommes là, à travers cette profonde diversité des êtres en pleine Union créatrice.
     Les traditions indiennes, chinoises ou japonaises proposent nombre de récits différents sur la Création du monde. Pour autant, les similitudes entre ces mythes fondateurs sont fréquentes. Dans sa vision mystique des choses et au milieu de l’épreuve, Teilhard a pensé que l’Âme du monde pouvait être « une zone immanente et transcendante en même temps, dans laquelle se mêlent mémoires, consciences et expériences multiples de toutes les âmes humaines et cosmiques ».  

5. Le monde à l’heure de l’I A et du Trans humanisme
 
     Le sociologue Max Weber (1864 – 1920) avec le concept de désenchantement du monde avait mis le doigt sur un trait essentiel de notre civilisation capitaliste : la quantification, la réduction à l’état de chose de toutes les réalités du monde. Celui-ci cesse d’être Nature vivante pour devenir un ensemble de ressources matérielles. L’humain est emporté dans un processus de matérialisation et de réalité économique. L’encyclique « Laudato sí » du Pape François vient à ^point nommé pour faire retrouver à nos contemporains le sens de la vie. C’est pourquoi un travail authentique d’écologie devrait mettre en lumière les ressorts les plus cachés de notre psyché collective. L’abandon de l’Âme du monde se réalise d’un rationalisme totalement réductionniste avec la disqualification de l’imaginaire en tant que tissu d’images archétypales de mythes et de symboles. Carl Gustav Jung  écrivait en son temps : « L’Âme de l’Occident se trouve dans une situation critique, d’autant plus critique que nous préférons encore les illusions de notre beauté intérieure à la plus impitoyable vérité. L’Occidental vit dans un véritable nuage d’ivresse individuelle qui tend à lui dissimuler son vrai visage. Mais que sommes-nous pour les hommes d’autres couleurs ? Que pensent tous ceux que nous exterminons par l’eau de vie, les maladies vénériennes et le continuel vol de leurs terres ? Rien n’est changé certes avec la détresse de tribus indiennes face aux incendies de la forêt amazonienne.    
     Retrouver le chemin qui nous montre l’Âme du monde, c’est donc incontestablement se donner la possibilité de faire       advenir un monde de la réconciliation, de la conjonction des contraires, de la coïncidence des opposés, par-delà les dualismes qui déchirent l’unité du monde. Nous sommes ici dans une logique ternaire à laquelle personne ne comprend mais qui participe à une haute idée de l’universel. C’est la présence de l’Un en toute chose qui fait de toute chose plus qu’une chose : « une demeure du ciel sur la terre, un enclos de transcendance, un fragment de l’infini » comme l’écrit si bien Mohammed Taleb.
 
     O, Grand Esprit, aide-moi à ne jamais juger un autre avant d’avoir
            chaussé ses mocassins pendant au moins trois lunes
 
Le Un primordial inspirait déjà la Sagesse amérindienne. Il accompagne en permanence depuis l’aube des temps l’imaginaire de tout être humain.

6. Teilhard de Chardin et l’Âme du monde

      Teilhard écrit :
     « Le Monde est déjà, depuis longtemps, en proie à une multitude d’âmes élémentaires qui se disputent sa poussière pour exister en s’unifiant »
 
« Atomes, électrons, corpuscules élémentaires, quels qu’ils soient (pourvu qu’ils soient quelque chose en dehors de nous), doivent avoir un rudiment d’immanence, c’est-à-dire une étincelle d’esprit
. »

     Ce terme d’esprit est donc pour le moins ambigüe !

     Cependant si l’on raisonne en termes d’évolution, la notion mystérieuse d’âme du monde recouvre une réalité plus en phase avec la cohérence dogmatique. En fait, l’âme n’est ni une essence ni une substance, ni un corps ni un esprit, mais un principe relationnel d’unification du vivant. Un principe associé à la notion de finalité et d’accomplissement. Le terme d’âme n’est pas lié à une réalité qui est infusée dans un corps à un certain moment de l’histoire, comme je l’ai appris autrefois. Elle est au cours de l’évolution humaine comme une nouvelle dimension de la personne. Teilhard apporte l’idée novatrice et intéressante de penser la création non pas en termes de rupture mais selon une continuité ou une union. Le Père Teilhard de Chardin nous apprend finalement à penser l’unité avant la distinction. Autrement dit, à comprendre une chose en la mettant en relation avec son environnement. Ainsi, au lieu de penser la création à distance de son créateur, de distinguer l’âme du corps, ou encore le chrétien du reste du monde, il faut surtout craindre de ne pas les unir suffisamment. C’est en effet en recevant les choses dans leur unité, qu’on en comprend ensuite la diversité. La relation de l’esprit à la matière ne peut être maintenue comme simple extériorité, comme si la matière était d’un côté, et l’esprit de l’autre. La continuité dans la matière (de la pierre au corps de l’homme) et sa complexité dans l’être humain conduisent Teilhard à percevoir que toute matière tend vers une fin ordonnée et complexe. Il y reconnait le Christ, présent à toutes les créatures, attirant toutes choses à l’unité de son corps, sans pour autant que toutes choses se confondent avec les autres. Il se laisse ici éclairer par la vision paulinienne du Christ récapitulant tout en lui, d’une matière promesse de vie dont le corps du Christ est l’accomplissement, et l’eucharistie le gage qui nous fait vivre aujourd’hui.

     Le terme « Âme du monde » relève du symbole en tant que capacité de transparence. Il appartient donc à ce que j’ai appelé l’origine, réalité métaphysique conçue comme condition essentielle de tout ce qui est. Il précède donc l’existence de l’être. Puis il se propage le long de la chaîne de l’évolution pour émerger un jour à travers tout homme réalisé en tant que personne capable d’amour. « Indubitablement, nous avons conscience de porter en nous quelque chose de plus grand et de plus nécessaire que nous-mêmes ; quelque chose qui était avant nous et qui aurait pu continuer sans nous… » Pour Teilhard, l’ensemble de toutes les âmes n’est pas un simple agrégat, mais la trace d’une énergie synthétique et directrice, qui agite et chasse la multitude des créatures vers un état supérieur d’unité. Teilhard pose sur l’Âme du monde un regard de profond émerveillement. Pour le comprendre, il convient de ne pas se placer dans dogmatisme désuet mais voir d’une autre façon la théologie de la création. Ainsi l’action créatrice de Dieu n’est pas uniforme mais différenciée. Toutes les capacités de notre être, au lieu d’être simplement juxtaposées, doivent participer dans une même synergie vers cette œuvre d’accomplissement. L’âme ne peut être séparée du corps dans le processus d’évolution. Bien des auteurs spirituels sont tombés dans ce travers du dualisme. Ainsi dans l’encyclique Humani Généris de 1950, Pie XII a déclaré : « L’Eglise n’interdit pas que la doctrine de l’évolution, pour autant qu’elle recherche si le corps humain fut tiré d’une matière déjà existante et vivante – car la foi catholique nous oblige à maintenir l’immédiate création des âmes par Dieu – dans l’état actuel des sciences et de la théologie, soit l’objet de recherches et de discussions de la part des savants » Dans cette vision du monde, le corps humain est pensé sans l’âme et réciproquement l’âme sans le corps.

     Teilhard parle du « Schisme dans la charité ». Je me suis autrefois senti mal à l’aise face à un très bon ami qui me disait souvent : « Je me sens parfaitement chrétien par mon action sociale bien que je ne pratique pas ! ». Je n’avais bien sûr pas lu Teilhard mais dette anecdote m’avait fait réfléchir à tout ce qui relevait de notre relation au Créateur. Teilhard écrit (Page 229) : « Dieu ne se donne pas à l’âme comme un Bien surajouté qui s’accole. Il fait mieux et d’avantage. Il vient à nous par le chemin intérieur du Monde ; il descend en nous par le côté où notre être inachevé se mêle à la Substance universelle. » Ainsi le schisme dans la charité résulte d’un dualisme qui met en opposition le Christ et le Monde. Je ne saurai juger cet ami mais je pensais pourtant, vu nos liens de respect, que son christianisme valait bien le mien et que nous ne serions jugés qu’à l’aune de l’amour divin. En fait, nous étions tous deux des acteurs dont la spiritualité était bien différente mais de nature mystiquement co participative à ce que Teilhard nomma : Âme du Monde. Finalement, dans les écrits ultérieurs, Teilhard nous parlera plutôt de «Noosphère ». Parler simplement de sphère pensante se révèle purement artificielle. Sur le plan métaphysique, la notion de noosphère est associée à une fonction réelle unissant Dieu et le Monde.

7. Du mythe de Frankenstein à la Terre promise

     Rappelons que Frankenstein est un roman publié anonymement en 1818 par Mary Shelley qui relate la création par un jeune savant suisse, Victor Frankenstein, d’un être vivant assemblé avec des parties de chairs mortes. Le résultat de cette opération inédite s’avéra peu reluisant car Frankenstein avait ni plus ni moins fabriqué un monstre profondément hideux mais doué d’une capacité diabolique de vengeance sur son créateur qui, en fin de compte, l’avait abandonné. Mary, sous-titrant son œuvre : « Le Prométhée moderne », dévoilera qu’elle devinait avoir écrit l’histoire future de l’humanité !
     En fait, durant ces dernières décennies, l’homme est devenu comme une puissance divine, au point d’impacter davantage la terre que ne le font les éléments naturels : créer une intelligence ; façonner des robots ayant une apparence humaine tout en étant bien plus performants ; engendrer de nouvelles créatures par ingénierie génétique ; pouvoir imiter le vol de l’oiseau ; choisir son sexe à volonté, etc. La science nous a apporté le confort et le mieux-être mais les démiurges que nous sommes sont finalement saisis d’effroi devant l’apparence monstrueuse de cette créature qui s’offre à nous et qui risque de nous détruire lamentablement
dans un avenir relativement proche. Nos problèmes sont multiples : pollutions diverses ; réchauffement planétaire ; destruction des écosystèmes ; confusions multiples dans la sphère du numérique et dans les questions de filiation, etc. De nombreuses personnes parlent d’Apocalypse ou de fin du monde. Le mythe a certes fonction d’avertissement !
 
     Dans son ouvrage : « Ecrits du temps de la guerre » (page 395), Teilhard s’exprime ainsi :
« Si le Christ était venu au temps d’Abraham, ou de Moïse, on peut croire que – sauf miracle- les Hommes (réalisant littéralement la parole de saint Jean) ne l’eussent pas compris du tout. Leur âme naturelle, leur degré d’Humanité, n’eussent pas été capable de Le recevoir »
     Pour Teilhard il semble que la nature humaine sur un plan général progresse inexorablement vers plus de sagesse ; une étude exhaustive montre que le degré de violence en tous points de la planète a continûment régressé depuis quelques milliers d’années. En outre le cerveau humain a acquis progressivement de capacités certaines dans les domaines les plus divers : philosophie, sciences, arts, sens critique, discernement, etc. Teilhard poursuit :
« Si le Christ, jusqu’ici, n’a pas suscité vers Lui, parmi les Hommes, le grand entraînement que sa dignité Lui prépare, pourquoi ne serait-ce pas que chez les Hommes (pris en général) la disposition naturelle est insuffisamment murie encore, qui doit leur permettre d’être sensibles à ce qu’il y a de plus actif dans l’influence du Verbe incarné ? »
     On voit que Teilhard a une certaine idée de l’être humain qui en fait une créature en permanence capable de s’accomplir plus pleinement dans le Christ. Ne doit-on pas, à ce titre, avoir toujours un point de vue optimiste de nos semblables ? Teilhard écrit plus loin :
                                             « Allons, la vie est encore belle ! »
     Teilhard a connu les horreurs de la guerre de tranchées mais il n’a pas cédé au désespoir :
              « J’irai vers l’avenir plus fort de ma double foi d’homme et de chrétien… 
                 Car je l’ai entrevue du haut de la montagne,
                 La Terre Promise »
 
     Notre montagne à nous se perçoit à travers les visions que nous avons du monde présent.
Une revue jésuite révèle d’ailleurs une montée des sans - religion en Occident, surtout parmi les jeunes et le phénomène est massif. En outre les appartenances à telle ou telle religion sont très diverses. Le paysage religieux se recompose d’une manière difficilement prévisible et nous devons nous souvenir des lendemains qui chantent lorsque nous méditons sur le mythe de Frankenstein. Et pourtant la demande contemporaine de « Sagesse » et de « Spiritualité » s’étale partout sur les murs de nos gares et des présentoirs de nos librairies. En fait, la vie familiale et professionnelle de nos contemporains est soumise à de profondes contraintes qui mettent sous le boisseau la réflexion et l’échange. Mais la désaffiliation religieuse que nous connaissons, n’a pas fait disparaitre les besoins de sens, de consolation, de justice et de ritualisation. Notre histoire religieuse n’est pas terminée. La mythologie nous enseigne justement qu’au-delà de nos échecs et de nos combats, se profile toujours une terre promise en raison du fait que l’homme, dans son for intérieur, est lié à une transcendance qui peut assurer son salut. L’optimisme de Teilhard est fondé sur cette présence bienveillante de Jésus au plus intime de la nature humaine. Ce n’est pas un optimisme né d’une opinion superficielle mais plutôt une conviction très forte de l’existence d’une transcendance qui, en tout temps, s’est manifesté pour transformer l’homme et le monde. En ce qui concerne une éventuelle et désastreuse Apocalypse, rappelons que : « Pour ce qui est du jour ou de l'heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul »  (Marc 13 :32)
 
 
                                                                                      MARCEL  COMBY
 
 

Jeudi 3 Octobre 2019 10:33