Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie

Extrait du livre "LE PHENOMENE HUMAIN"


Marcel Comby - LE PHÉNOMÈNE CHRÉTIEN
                                      Le phénomène chrétien
 
     Teilhard dans l’épilogue de son œuvre « Le Phénomène Humain (pages 326 - 327) esquisse une phénoménologie de la réalité chrétienne et il déclare :
       « Pour des raisons de commodité pratique, et aussi peut-être de timidité intellectuelle, la Cité de Dieu est trop souvent décrite dans les ouvrages pieux en termes conventionnels et purement moraux. Dieu et le Monde qu’il gouverne : une vaste association d’essence juridique, conçue à la manière d’une famille ou d’un gouvernement. Tout autre est la perspective de fond à laquelle s’alimente et dont jaillit depuis les origines la sève chrétienne…
 
 

Créer, achever et purifier le Monde, lisons-nous déjà dans Paul et Jean, c’est l’unifier en l’unifiant organiquement à soi…
        Et alors, nous dit Saint Paul, il n’y aura plus que Dieu, tout en tous…
        L’Univers s’achevant dans une synthèse de centres, en conformité parfaite avec les lois de l’Union. Dieu, Centre des centres. Dans cette vision finale culmine le dogme chrétien ».
 
     Le mot « organique » est pris ici dans un sens symbolique qui nous
ramène à la structure de ce qui est essentiellement le vivant organisé dans toute sa complexité et non à une simple idéologie. On est là dans le pur relationnel de personne à personne.
En outre, Teilhard, dont la pensée s’exprime habituellement selon un rythme ternaire, montre trois phases qui mènent à l’accomplissement de la personne humaine.
  • Être tout soi-même sans être plus que soi-même.                               – centration –
  • Désirer entrer en relation avec vers les autres                                     - décentration –
  • Découvrir le bonheur en s’immergeant dans un plus grand que soit   - sur centration –
L’organique, dans une vision globale de l’Univers et de sa relation au divin, fait donc appel au ternaire qui entre aussi bien dans la logique de la pensée que dans le mouvement en physique et dans les mécanismes de la vie en biologie. Cette réalité, qui s’oppose au binaire bien connu caractérisant les multiples épisodes de notre condition humaine, a sans doute une origine métaphysique dans une vue globale de l’unité de l’être. On peut distinguer dans l’ensemble des mondes créés trois constantes : naissance – évolution – destruction.
 
             La condition humaine, telle que nous la vivons journellement  nous pousse inexorablement  vers des échanges d’idées fortement teintées de manichéisme. Nous avons l’habitude de faire appel à une logique essentiellement binaire en ne voyant autour de nous que du vrai ou du faux, le bien faire et le mal faire, le singulier et l’universel.  L’homme moderne ne fait que promouvoir dans ses relations aux autres la logique du Tiers exclu.
Il se trouve que le philosophe d’origine roumaine Stephen Lupasco (1900 – 1988) soit l'auteur de la Logique dynamique du contradictoire, fondée notamment sur la notion de Tiers inclus. Les récentes découvertes du XXe siècle en physique quantique nous  ouvrent justement vers un monde étrange qui n’est pas sans enrichir nos façons de penser grâce à une sorte de don de la Nature et plus précisément un don du Créateur qui fait exploser notre rigidité cognitive sur les choses de ce monde. La pensée de Lupasco entre dans le cadre d’une morale de mouvement qui rejoint celle de Teilhard de Chardin qui fonde sa théorie de l’Évolution sur la complexité et l’ouverture vers l’universel.
     Nous entrons avec Lupasco dans le cadre de la transdisciplinarité. Celle-ci est née d’un besoin d’établir des liens entre différents domaines du savoir. En particulier, elle fut influencée par les découvertes en mécanique quantique qui remettent en question les concepts fondamentaux tels que la continuité, la causalité locale, le déterminisme et l’objectivité. En outre on apprend qu’il n’existe pas dans l’Univers qu’un seul niveau de réalité et on en arrive alors à la métaphysique dont l’importance ici est fondamentale. Dans une perspective transdisciplinaire, tout semble connecté et il existe trois piliers de compréhension : la complexité, les différents niveaux de réalité et la logique du tiers inclus (Nicolescu 1966)
 
     L’axiome du tiers inclus se formule ainsi : A tout terme A il existe un terme T qui est à la fois A et non A. Ce terme T est naturellement dans un autre niveau de réalité que le terme A. Il ne s’agit pas d’un élément singulier, mais de ce qu’on pourrait appeler un horizon, une perspective. Ainsi ce qui est contradictoire à un certain niveau ne l’est plus à un niveau différent. C’est le principe d’unification des contraires. Naturellement la logique ternaire fait partie du phénomène chrétien, de la sève chrétienne comme le dit explicitement Teilhard.
 
     Pour conclure, je citerai des propos du Père Razvan Andrei Ionescu extrait de son ouvrage : Théologie orthodoxe et science (page 117)
     « Les deux dogmes fondamentaux du christianisme  sont : le dogme de la Trinité ; Dieu est Un par son essence et Trois comme Personnes et le dogme de l’incarnation : le Christ est vrai Dieu et vrai homme. Sophrony  (moine et théologien orthodoxe) affirme que l’antinomie première du dogme de la Trinité réside dans le fait que l’Hypostasis  (la Personne) et l’Essence sont absolument identiques et en même temps totalement différentes. La Trinité implique une rationalité entre les trois Personnes, lesquelles portent chacune pleinement l’Être, réalisées pleinement par le dialogue et l’amour. Le concept de Trinité nous  dit que la logique binaire cesse pour faire place à une logique ternaire. Le Moi, dans la Sainte Trinité  n’implique pas le non – Moi comme alter ego, mais deux autres comme Personnes de dialogue. La logique courante cesse en faisant place à une logique symbolique : trois flammes identiques mises ensemble n’en forment qu’une seule, mais sans perdre leur identité.
La « résolution » des antinomies suppose la construction d’une perspective élargie, réalisable par un mode ascensionnel. Dieu se livre à l’être humain et celui-ci, en participant, comprend.  Comprendre, c’est acquérir graduellement la perspective de Dieu sur les choses, entrer dans la pensée de Dieu par un changement d’attitude. C’est pourquoi les dogmes ne sont pas accessibles par une lecture répétitive  tiède sans l’engagement d’un vécu.
     Étymologiquement, le mot dogme signifie : « redresseur de vie » un point de repère essentiel sur le chemin de la croissance vers la vie éternelle. »

Vendredi 26 Octobre 2018 09:53