Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie

Le mystère du mal


Très souvent le mal physique ou spirituel est attribué à une cause extérieure : Dieu en premier lieu qui permet toutes les horreurs qui nous accablent. On pense également que les religions sont à la base de nos conflits meurtriers qui s’étalent dans l’histoire de l’humanité. Or ce que nous regrettons est tout simplement la faute de l’homme. Mais une vie sans efforts douloureux et sans heurts serait-elle possible dans un univers évolutif ? C’est peut-être la leçon qui nous vient du fond des âges : l’assassinat d’Abel par son frère Caïn. Celui-ci en fait n’était pas influencé par une éducation ni par une idéologie, mais par la jalousie, la haine et l’envie. Il existe en l’homme une infinie profondeur spirituelle qui nous révèle la nature même de ce que nous sommes et cela nous pouvons le constater à l’occasion d’événements propices à l’introspection. J’ai bien connu ces moments où l’on se sent incapables de remonter la pente pour ensuite connaître la joie de la résilience. Plus on plonge au plus profond de sa misère physique ou morale, plus le réveil est grandiose : telle est la condition de l’homme enfant de l’évolution. Il s’agit là d’un profond mystère que celui qui nous apprend que, dans notre vie d’homme, il faut savoir être perdant. On rejoint là le royaume évangélique qui a pour nom : pauvreté. L’enfer et le paradis se passent à l’intérieur de tout être humain. Le mystère reste entier de la présence au fond de l’humain de ténèbres en germe et en même temps de grains de lumière qui ne demandent qu’à jaillir à l’occasion de circonstances les plus diverses.
Saint Paul (6, 10-12) : Revêtez l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable. Car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les puissances de ce monde des ténèbres, contre les esprits du mal.
On découvre facilement les dimensions de l’être qui dépassent aussi bien dans le monstrueux que dans le merveilleux toutes tentatives d’explications rationnelles. On se heurte d’ailleurs à toute cette réalité de l’ombre que l’on nomme Satan. La théorie de l’évolution selon Teilhard de Chardin nous offre un autre cadre que celui qui nous est présenté depuis des siècles par les théologiens. On en est d’ailleurs encore dans la vision dite « cosmos » alors que Teilhard propose une vision dite « cosmogénèse ».

Ainsi le dimanche 26 janvier, la chaîne K T O a diffusé à 20 h 40 un débat sur Satan
J'ai constaté que les conceptions des deux invités me semblaient de nature un peu anachronique. On montre un Satan comme une réalité contingente, un des anges qui se serait rebellée contre Dieu et qui chercherait à s'approprier l'être humain pour le pervertir. Dans l'émission, il a été évoqué les questions relatives à la médiumnité, aux personnes qui possèdent un pouvoir de guérison, y compris par téléphone ou par l'intermédiaire de photographies. Dans la vision cosmogénèse de Teilhard, le Mal, en fait, est nécessaire (lire le Milieu Divin) Satan n'est donc pas contingent c’est-à-dire qu’il n’est pas une créature angélique ayant muté à un instant donné.
Tout d'abord, en ce qui concerne les expériences supra naturelles: bilocation, guérisons, l'usage du pendule, les effets dus à la méditation transcendantale, la communication à distance, etc., il convient de savoir qu'elles résultent d'interactions au sein d'un domaine énergétique particulier de nature quantique. Il s'agit d'énergies dites subtiles dont la puissance est très grande. Bien sûr Satan peut s'y blottir, lui qui est à la fois transcendant et immanent. Cependant les dits guérisseurs ne sont pas forcément possédés du démon. Par contre le danger est grand d'abuser de certains dons qui nous apportent des pouvoirs sur les autres. J'ai bien connu ce milieu-là durant une période de ma vie.
Quant à Satan, il convient de le concevoir au niveau cosmique des choses, comme le fait Teilhard en d'autres circonstances. La Très Sainte Trinité nous est décrite comme un jeu de relations d'Amour entre les trois personnes. En métaphysique, à tout principe est associé le principe opposé d'égale infinitude. Satan est bien une personne, c'est-à-dire une réalité susceptible d'entrer en relation avec une autre personne. Mais en ce qui concerne Satan, c'est l'anti relation qui entre en jeu autrement dit la division. Le Christ unifie tandis que Satan divise, accuse, ment, désorganise les fonctions vitales, obsède, déprime, apporte la violence, etc. Ainsi, contrairement à certaines visions, Satan est un des paramètres qui entrent dans l'organisation de la vie de l'homme et pourquoi? C'est un mystère. Mais ce que l'on peut dire, c'est qu'il faille un certain Rédempteur pour vaincre Les forces du Mal, ce qui veut dire que nous sommes en présence d'une réalité infiniment profonde dans sa nature. Satan n'est pas un ange déchu comme on pourrait le croire, mais la réalité ontologique qui permet à l'homme d'être libre. L'homme peut être d'une grande bonté mais il peut être infiniment cruel. On s'en rend compte avec Daesh et les chambres à gaz.  C'est le "déchet" de l'évolution aurait dit Teilhard!
Le cardinal Ratzinger a exprimé un jour ce propos : « Le malin a du pouvoir sur ce monde et nous en faisons continuellement l’expérience ; il a du pouvoir parce que notre liberté se laisse continuellement détourner de Dieu ».
Teilhard, dans Le milieu Divin (p. 88) écrit : « Le problème du mal, c’est-à-dire la conciliation de nos déchéances avec la bonté et la puissance créatrice, restera toujours, pour nos esprits et nos cœurs, un des mystères les plus troublants de l’univers ». Et il écrit (p. 74) : « Dieu ne peut pas, en vertu même de ses perfections, faire que les éléments d’un monde en voie de croissance échappent aux heurts et aux diminutions, même morales : il est nécessaire qu’il y ait du scandale ! »
Jésus dit cependant : «Malheur à celui par qui le scandale arrive ! »

Dans la Genèse, il est question de l’être humain dont le comportement est de jouir des délices du jardin d’Eden mais de ne pas toucher à l’arbre central, celui qui donne la connaissance du Bien et du Mal. Or il est dit qu’Adam et Eve, inspirés par le Serpent, ont croqué la pomme détachée de cet arbre-là. Cet épisode symbolique nous montre ce qu’il en est de l’homme dans sa recherche de la vérité. En fait, nous sommes tous aveuglés par la certitude de notre supériorité. Dans tous les domaines, la seule certitude c’est l’incertitude. Le péché réside dans le fait de montrer que nous avons toujours raison. Richard Feynman (prix Nobel de physique 1965) disait : « Ce qui n’est pas entouré d’incertitude ne peut être la vérité ».
Teilhard, dans Comment je crois, s’exprime ainsi : « La vision du monde que je propose ne représente aucunement un système fixé et formé. Il ne s’agit point ici, ce qui serait ridicule, d’une solution déductive du monde, à la Hegel, d’un cadre définitif de vérité, mais seulement d’un faisceau d’axes de progression, comme il en existe et s’en découvre peu à peu dans tout système de pénétration, par où s’entrouvre devant nos yeux une immensité de réel encore inexploré ».
La vérité absolue est un mythe dangereux qui fonde les intolérances et les guerres. Celui qui croit détenir la vérité l’impose aux autres par la force.
Le pape François écrit dans La Vie : « Si quelqu’un a la réponse à toutes les questions, c’est la preuve que Dieu n’est pas avec lui. Les grands guides du peuple de Dieu, comme Moïse, ont toujours laissé un espace de doute ».
La Vérité se trouve dans la tolérance et le Mal se retrouve dans tout fanatisme.


Mercredi 12 Février 2020 17:03


Nouveau commentaire :